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"Rompre
avec le socialisme" Ruth Elkrief : Vous avez pris des positions sur le Proche Orient qui condamnait assez clairement Yasser Arafat et qui était peut-être plus favorable en tout cas à l'état d'Israël. Aujourd'hui, un attentat ce matin, une dizaine de morts, est-ce que ça veut dire que l'opération d'Ariel Sharon est d'ores et déjà un grave échec ? Alain Madelin : Non. Ma position sur le Proche Orient, elle est dans la droite ligne des conséquences du 11 septembre. C'est-à-dire qu'il y a une menace grave qui pèse sur la paix, sur l'idée même de notre civilisation, qui est le terrorisme aveugle, et les bombes humaines, qui ont des bases d'entraînement, qui reçoivent de l'argent de l'extérieur et qui existent effectivement en Palestine. Il faut rappeler que ce terrorisme-là n'a pas pour objet de faire pression pour obtenir la paix. Beaucoup de gamins dans les banlieues se prennent facilement fait et cause pour la vaillante résistance palestinienne contre la méchante armée israélienne. Moi je souhaite que les Palestiniens aient le plus rapidement un Etat, un état garanti dans leurs frontières, un état démocratique, un état prospère ; qu'ils aient des logements, qu'ils puissent aller à l'école... Je souhaite tout cela, mais je constate que ces théoristes palestiniens veulent faire obstacle à la paix, et si possible même faire obstacle à l'existence même de l'état d'Israël. Donc il n'y a pas de paix possible sans stopper les actions terroristes. On aurait pu penser qu'Arafat pourrait le faire. Mais Arafat n'a pas voulu, n'a pas su, n'a pas pu le faire. Et donc ceci, d'une certaine façon, conduit à essayer de mener un certain nombre d'opérations militaires, policières... Ruth Elkrief : ... mais l'attentat de ce matin, ça démontre peut-être que cette opération militaire d'Ariel Sharon ne donne pas de résultat, puisqu'elle était censée éviter des attentats... Alain Madelin : Démonter un terrorisme après tant de passion, tant de haine, etc... cela va prendre un temps fou ! mais vouloir la paix, c'est d'abord dénoncer fermement le terrorisme, c'est démanteler le terrorisme, et j'espère que derrière, pour connaître un peu la région, une nouvelle génération de Palestiniens, peut-être aussi du côté israélien, sera capable de faire la paix. Permettez-moi j'ajouter une chose extrêmement importante, parce qu'il ne faut pas que nous importions sur notre territoire national cette haine et ce conflit ; il me parait extrêmement qu'aujourd'hui, les intellectuels, les artistes, les hommes politiques se mobilisent pour organiser des rencontres, des manifestations, des concerts, où l'on rencontre un peu tout le monde, toute cette jeunesse un peu bigarrée française, pour pouvoir leur dire qu'ils ont envie de vivre ensemble, qu'ils ont la chance de vivre en France et qu'ils veulent par-dessus tout la paix. Ruth Elkrief : Voilà donc un message effectivement sur la situation au Proche Orient. On revient à la campagne électorale française précisément, et à votre programme... Vous vous présentez comme le plus réformateur, presque le seul, et notamment sur la réforme de l'Etat vous dites : j'entends personne d'autre que moi, et je suis le seul à avoir des propositions.... C'est peut-être tout simplement parce que, avec moins de 5 % des intentions de vote, vous ne prenez pas trop de risques de vous coltiner les syndicats de fonctionnaires dans trois semaines, dans un mois... Alain Madelin : D'abord, je crois qu'il est vrai que je suis le seul candidat à l'élection présidentielle à présenter franchement un programme de rupture avec le socialisme, et aussi avec une certaine forme de social-technocratie qui nous a étouffés pendant si longtemps. Ruth Elkrief : Vous voulez dire que Jacques Chirac par exemple ne rompt pas avec le socialisme, ou ne rompt pas avec la social-technocratie... Alain Madelin : Pendant des dizaines d'années, nous avons sous des formes diverses, on a tous progressé les uns et les autres, mais nous avons quand même été dominés par une certaine forme de social-démocratie... On est au XXIème siècle ! tout change, il y a une nouvelle économie, un nouveau monde, une nouvelle société, une formidable aspiration à la liberté ; et dans le même temps, un besoin d'autorité de l'Etat. Je ne propose pas une réforme, qui n'ait été expérimentée et mise en oeuvre avec succès chez nos partenaires étrangers. Et vous savez que dans la vie politique française, j'ai une certaine crédibilité me semble t-il pour dire cela. Pourquoi, parce que dans tous les postes que j'ai pu exercer, j'ai moi-même mis en oeuvre des réformes... Ruth Elkrief : ... à Bercy, au ministère des finances, quand vous étiez ministre des finances sous Alain Juppé ? Alain Madelin : A Bercy, oui... pardonnez-moi j'ai rompu avec la fuite en avant dans l'endettement qui était une catastrophe nationale, et qui nous entraînait à des taux d'intérêt extrêmement élevés qui étouffaient l'économie... Ruth Elkrief : ... vous n'avez pas engagé de réforme des fonctionnaires de Bercy... Alain Madelin : ... oui mais attendez, pardon je n'ai pas eu vraiment le temps... Ruth Elkrief : ... vous n'avez pas eu vraiment le temps, c'est sûr ! Alain Madelin : Je n'ai eu vraiment le temps, et ceci m'amène un problème de crédibilité aussi, parce que je m'étais engagé à une réforme fiscale. Lorsque cette réforme fiscale m'est apparue impossible, j'ai préféré partir, montrant que je tenais plus à mes convictions, à mes engagements, qu'à mon poste. Donc je ne vois pas pourquoi nous ne serions pas capables de faire chez nous les réformes qui sont entreprises, partout autour de nous. Ruth Elkrief : Donnez-nous un exemple précis peut-être sur la réforme de l'Etat, qui serait possible, c'est-à-dire sans grèves dans les rues, sans insatisfactions qui bloquent les services de l'Etat, enfin... sans problèmes... un seul, parce qu'on n'a pas beaucoup le temps hélas... Alain Madelin : Quelque chose d'extrêmement important : l'école, on en parle très peu. Et c'est un grand système bloqué. Vous avez vu Allègre échouer. Echouer avec un grand projet de réforme. Et c'est vrai que les grands projets de réforme ne marchent pas. Alors quand vous n'êtes pas capable de faire des grands projets de réforme d'en haut, il faut faire des petits projets, d'en bas. Mon projet il est très simple : un statut d'établissements autonomes pour les établissements qui le souhaitent, les chefs d'établissement, les enseignants. De façon à ce qu'on leur laisse une très grande liberté de moyens. J'évalue le résultat. C'est le contraire de ce qu'on fait à l'heure actuelle. A l'heure actuelle on se moque un peu du résultat, mais en revanche quelle contrainte sur les moyens ! Donc je leur laisse une très grande liberté de moyens pour adapter les horaires, pour recruter, pour former leur équipe enseignante, pour recruter des soutiens extérieurs, pour organiser des partenariats... Ce que je dis là, c'est ce qui se fait en Angleterre, c'est ce qui se fait en Hollande, c'est ce qui se fait en Italie, c'est ce qui se fait en Espagne, c'est ce qui doit se faire en France... Vous voyez c'est une réforme qui se fera, à son rythme, au rythme où les enseignants le voudront, où les parents le souhaiteront, mais on va pouvoir faire bouger enfin l'école ; et si j'ajoute à cela la liberté des parents la liberté de choisir l'école de leurs enfants, je vous assure que notamment dans ces quartiers, ces cités, aujourd'hui oubliés, où vous avez des écoles-ghettos accolées à des cités-ghettos... Ruth Elkrief :... ce serait une des solutions selon vous. Alain Madelin : C'est une des solutions absolument nécessaire parce que, quand vous parlez de la délinquance et de la nécessité de faire reculer la violence, il y a toujours au début un échec scolaire ! Ruth
Elkrief : Deux mots très rapidement de commentaire sur
la situation politique : Jacques Chirac en tête des sondages, Jospin
qui patine... vous n'êtes pas surpris ? très rapidement... Ruth Elkrief : ... pas assez audacieux en tout cas pour vous, c'est bien ce qu'on entend... Alain
Madelin : C'est la raison de ma candidature qui permet d'ajouter
au premier tour une très forte volonté de réformes
et de changement... Faire peser ces réformes au premier tour avec
moi au premier tour, c'est permettre de faire un grand rassemblement au
second tour, qui représente la vraie chance de battre les socialistes. |