Alain
Madelin Invité du Forum RMC-Le Point-Infonie
Philippe
Lapousterle
: Nous sommes ce soir, avec Alain Madelin, président de
Démocratie Libérale. Bonsoir.
Alain
Madelin
: Bonsoir.
Philippe
Lapousterle
: Merci d'être avec nous ce soir. Non seulement vous présidez
le parti Démocratie Libérale mais vous êtes
un des tout premiers à avoir annoncé votre candidature
à l'élection présidentielle, prévue
l'an prochain. Votre candidature a été pour certains
une déception puisque vous aviez résolument soutenu
la candidature de Jacques Chirac à l'automne 1994 et au
printemps 1995, et les mêmes espéraient probablement
que vous confirmeriez votre choix d'alors. Mais vous préparez
activement votre campagne électorale et vous avez réuni
hier les comités de soutien à votre candidature.
Vous nous direz, M. Madelin, le sens de votre combat politique
et nous verrons avec vous les sujets d'actualité politique
et sociale qui s'accélèrent beaucoup en ce moment.
Pour vous interroger avec nous ce soir, Carl Meeus, journaliste
au Point. Bonsoir
Carl
Meeus
: Bonsoir.
Philippe
Lapousterle
: Le Point qui est partenaire du Forum. Et Mathieu Maire du Poset
qui est journaliste à Infonie, Infonie partenaire du Forum.
Plus de 2.300 appels et connections depuis mardi soir. Et les
auditeurs peuvent continuer d'appeler. Nous allons voir avec Mathieu
Maire du Poset, l'image de M. Madelin telle qu'elle ressort des
consultations des internautes d'Infonie.
MMP
: Les internautes d'Infonie qui ont donc voté durant toute
cette semaine. Il en ressort une opinion défavorable à
69,9% contre une opinion favorable à 25,8%. Et 4,3% de
sans opinion. En revanche, on peut dire en parallèle que
pour 43,6% de ces internautes vous défendez des idées
non représentées en vous présentant à
ces présidentielles, que pour 34,8% vous poursuivez une
ambition personnelle et pour 21,6% vous ajoutez à la cacophonie
qui se passe à droite.
Philippe
Lapousterle
: Ce ne sont pas des sondages, ce sont des... Alors Carl Meeus,
première question.
Carl
Meeus
: Après votre déclaration de candidature, il y a
eu quelques sondages qui ont montré qu'Arlette Laguiller,
par exemple, faisait 6% et vous, vous êtes à 3%.
Est-ce que ce mauvais chiffre ne vous décourage pas ?
Alain
Madelin
: Non, à l'exception d'un sondage que vous avez publié,
vous et qui dit cela, je suis en réalité suivant
les sondages entre 5 et 9%. Cela étant, je n'attache pas
une énorme importance à ces sondages. La question
est de savoir : est-ce que vous représentez quelque chose
? et j'ai le sentiment de représenter une offre politique
forte qui est une offre politique faite d'audace dans toute une
série de domaines. Je propose ce que l'on pourrait appeler
une vraie révolution fiscale, une vraie révolution
régionale, une vraie révolution dans la réforme
de l'Etat, une vraie révolution de l'éducation.
J'appelle cela "révolution" par rapport aux solutions
chèvre-chou, traditionnelles à la française.
Mais cette offre politique-là, vous savez, est faite partout
autour de nous. Elle est faite en Angleterre. Elle est faite en
Belgique. Elle est faite en Allemagne. Elle est faite en Italie.
Et partout autour de nous vous avez des pays qui bougent et chaque
fois que cette offre politique est faite, elle est choisie. Alors
je suis persuadé, toute une série d'études
d'opinion aussi le montre, qu'une majorité de Français
attendent qu'on leur propose cette offre-là et qu'ils sont
disponibles pour la choisir. Donc je ne suis pas là pour
figurer. Je ne suis pas là pour témoigner. Je suis
là avec la conviction qu'il est possible dans maintenant
un peu moins d'un an, au rendez-vous des élections présidentielles,
de rencontrer un courant de l'opinion porteur, comme partout,
encore une fois, autour de nous en Europe on l'a rencontré.
Carl
Meeus
: Hier, vous avez réuni vos comités locaux de soutien.
Donc avec ce que vous nous dites maintenant, ça veut dire
que vous irez jusqu'au bout en toute hypothèse.
Alain
Madelin
: Ecoutez, je ne vois pas ce qui pourrait me décourager
aujourd'hui. Au contraire tous les signes que je reçois
sont des signes encourageants et je vous le répète,
beaucoup de gens attendent cela. Et si vous regardez les deux
dernières élections que nous venons de voir autour
de nous, l'élection italienne et l'élection en Grande-Bretagne.
Avec des propositions, avec des solutions qui sont très
proches de ce que je propose moi-même pour la France, ce
sont des offres gagnantes.
Philippe
Lapousterle
: Vous êtes sûr, M. Madelin... Est-ce que vous pensez
que la France est prête aux grandes bascules que vous lui
proposez ?
Alain
Madelin
: Non, ce n'est pas...
Philippe
Lapousterle
: Si parce que vous avez utilisé le mot "révolution"
c'est un peu vrai.
Alain
Madelin
: J'ai mis des guillemets par rapport à la pratique française.
A l'évidence aujourd'hui nous sommes dans un monde en concurrence
et si vous voulez aujourd'hui profiter de la nouvelle croissance
qui est à l'uvre partout dans le monde. Pour résoudre
nos problèmes, pour créer la prospérité
et le plein emploi. Et le plein emploi, à mes yeux, c'est
la première condition de la justice sociale. Eh bien il
faut faire une réforme fiscale. La corrélation est
évidente parce que celles et ceux qui sont un peu plus
innovants, un peu plus entreprenants que d'autres, leur comportement
sera très différent suivant que l'Etat prend 1/3
de leurs revenus supplémentaires ou 90% de leurs revenus
supplémentaires. Donc nous avons besoin d'une révolution
fiscale.
Dans un autre domaine, puisque nous allons vers un monde où
l'éducation sera plus que jamais importante, et nous avons
encore trop souvent une école de l'échec, il faut
libérer l'école en faisant confiance aux enseignants
en leur donnant quelques obligations ou quelques contrôles
du résultat, mais une très grande liberté
des moyens et en faisant confiance aux parents pour choisir librement
l'école de leurs enfants en supprimant les absurdités
de cette carte scolaire.
Ce que je dis là, ça peut surprendre un peu en France
parce qu'on n'a pas l'habitude. Mais encore une fois, ce sont
des banalités au-delà de nos frontières.
Philippe
Lapousterle
: Votre mot c'est libéral ou liberté ?
Alain
Madelin
: Ecoutez...
Philippe
Lapousterle
: ce n'est pas pareil dans l'esprit.
Alain
Madelin
: ce sont des libertés appliquées, des libertés
d'agir et des libertés de choisir. Tout le monde comprend
bien aujourd'hui qu'il y a un formidable potentiel de la France
qui est bridé et qu'il y a beaucoup de gens qui se sentent
un peu trop inutiles ou qui voient leurs talents gâchés
parce qu'il y a trop de contraintes, trop d'impôts, trop
de lois, trop de règlements, et on a besoin de l'air. De
l'air, de l'air, de l'air pour pouvoir faire la course en tête
dans ce nouveau monde. Tout le monde le comprend bien, sauf l'actuel
gouvernement, bien évidemment, qui au lieu de mettre le
pied sur l'accélérateur préfère souvent
mettre le pied sur le frein.
Philippe
Lapousterle
: Alors, Monsieur Madelin, M. Le Floch-Prigent, ex-PDG d'Elf,
a affirmé il y a quelques heures sur une antenne, vous
citant nommément, que vous auriez avec d'autres membres
de l'opposition de l'époque emprunté des avions
d'Elf, notamment pour différents voyages en Afrique. Vrai
ou faux ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, ce n'est pas une découverte. Je l'ai moi-même
publiquement déclaré il y a déjà pas
mal de temps. Elf, qu'est-ce que c'est ? C'est une grande entreprise
française avec des intérêts dans le monde
entier. Alors je vais vous donner une explication, elle est très
simple et elle est tout à fait honorable. Avant la fin
du communisme, la chute du communisme, j'avais tissé toute
une série de relations personnelles avec toute une génération
qui a accédé à des postes de responsabilité,
qui président, qui premier Ministre ou autre, en Russie,
dans les pays d'Europe de l'Est, en Afrique et j'ai encore une
fois, en tout bien, tout honneur, facilité les contacts
de l'entreprise Elf avec ces nouveaux dirigeants qu'elle ne connaissait
pas et en contrepartie à ces occasions, ils m'ont facilité
quelques déplacements.
Philippe
Lapousterle
: Nombreux déplacements ? c'est par dizaines ?
Alain
Madelin
: Non, non. Mais c'est vrai encore une fois, je l'ai déjà
déclaré, il n'y a rien de nouveau. Vous savez, ce
qui me caractérise, c'est que je n'ai jamais directement
ou indirectement participé au soutien d'un gouvernement
dictatorial. Et mes amis, c'est comme ça, c'étaient
les nouveaux démocrates, après la chute du mur de
Berlin ou peu avant la chute du mur de Berlin, et beaucoup d'entreprises
nationales avaient pris des habitudes -et encore une fois je ne
le leur reproche pas parce que c'était leur intérêt-
de contact avec les pouvoirs en place, et quand ces pouvoirs ont
été renversés, elles étaient un peu
sans interlocuteur et c'était tout à fait normal
que je fasse cela pour cette entreprise.
Philippe
Lapousterle
: vous trouvez ça normal qu'un homme politique de votre
dimension... ?
Alain
Madelin
: Oui, bien sûr. Ancien ministre de l'Industrie, ancien
ministre du pétrole avec des liens dans un certain nombre
de pays. J'ai facilité cela. D'autres dans d'autres occasions,
auraient sans doute pris de l'argent. Ce n'est vraiment pas mon
cas. Je l'ai fait dans l'intérêt un peu de l'entreprise
et bien sûr dans l'intérêt de ces pays.
Philippe
Lapousterle
: vous n'étiez pas salarié d'Elf pour autant ?
Alain
Madelin
: Non. Mais encore une fois cette explication me paraît
tout à fait honorable et elle n'est pas nouvelle. Je ne
l'ai jamais caché.
Philippe
Lapousterle
: Une autre question, M. Madelin, à ce sujet-là.
Est-ce que vous pensez que la révélation qui tombe
aujourd'hui est un hasard ? Ou bien est-ce que vous considérez
que cette révélation est de nature à vouloir
vous gêner ?
Alain
Madelin
: Non, sûrement pas parce que vraiment j'assume totalement.
Vous pourrez retrouver cela dans la presse d'il y a un an, d'il
y a deux ans ou peut-être plus, je ne m'en suis jamais caché.
Et encore une fois -je pourrais détailler, si vous voulez,
avec un certain nombre de pays- ceci me paraît tout à
fait honorable.
Carl
Meeus
: vous dites que vous avez facilité des contacts, c'est-à-dire
que vous étiez en tant que consultant pour Elf ?
Alain
Madelin
: Non, pas du tout. Quand vous êtes une grande entreprise,
vous avez besoin d'avoir à un moment donné un contact
privilégié avec un certain nombre de dirigeants.
Le fait tout simplement d'être reçu, de faire valoir
vos intérêts et de ne pas faire la queue parce que
vous n'avez pas d'interlocuteur que vous connaissez. Eh bien,
voilà c'est tout bête. C'est faciliter le contact
avec des nouveaux dirigeants dans un certain nombre de pays que
cette entreprise ne connaissait pas et je suis heureux de l'avoir
fait et je l'assume parfaitement.
Carl
Meeus
: Loïk Le Floch-Prigent cite d'autres hommes politiques.
Vous pensez que ce sont les mêmes missions qu'ils ont fait
pour Elf ?
Alain
Madelin
: je n'en sais rien.
Philippe
Lapousterle
: Tout le RPR...
Alain
Madelin
: Moi, je vous dis ce que j'ai dit il y a déjà longtemps,
je le répète devant vous. Point.
Philippe
Lapousterle
: est-ce que vous n'êtes pas frappé, M. Madelin,
par le fait que tous les candidats à la présidence
de la République -annoncés en tout cas- pour l'an
prochain subissent comme ça quelques révélations
depuis quelques mois ?
Alain
Madelin
: Non. Attendez, pardon mais s'agissant de ce que je suis en train
de vous dire ce n'est pas une révélation. C'est
un fait connu.
Philippe
Lapousterle
: Le ton de la campagne ne vous paraît pas mal parti ?
Alain
Madelin
: Ah ça, c'est une autre affaire. Entre le Président
de la République et le Premier ministre c'est qu'il y a,
semble-t-il, un spectacle un peu affligeant.
Carl
Meeus
: Justement, il y a eu un incident cette semaine. L. Jospin, devant
l'Assemblée nationale, a expliqué qu'il valait mieux
d'exprimer devant les journalistes que de ne pas le faire devant
le juge. Vous considérez que la cohabitation est menacée
? Que ça peut continuer comme cela encore pendant un an
?
Alain
Madelin
: Ecoutez, ce n'est pas sain. Je n'ai pas d'autres commentaires
à faire. Ce n'est pas sain qu'auprès du Président
de la République ou auprès du Premier ministre,
il y ait des gens, dont, du matin au soir, le boulot soit de préparer
des traquenards contre l'un ou l'autre.
Philippe
Lapousterle
: ce n'est pas seulement ça. Les Français avaient
le sentiment que s'ils votaient pour la cohabitation, ils obligeraient
les deux têtes de chacun des grands camps de l'opposition
et de la majorité à travailler ensemble pour le
bien de la France. C'est comme cela que les Français avaient
imaginé la cohabitation. Est- ce que ce n'est pas quand
même un voile qui se déchire que de voir que finalement
ils passent leur temps... ?
Alain
Madelin
: Si bien sûr, parce que j'ai cru comprendre que l'un et
l'autre pourraient être candidats à l'élection
présidentielle et donc toutes ces révélations
et tout ce spectacle sont liés, non pas à la cohabitation,
mais à la préparation de la prochaine élection
présidentielle. Ce n'est pas sain.
Philippe
Lapousterle
: et le fait que ça promette de durer un an, c'est une
chose qui est grave pour la France ou bien la France est un pays
assez riche pour se le permettre ?
Alain
Madelin
: On en a vu d'autres. Mais ce n'est pas bon. Les affaires du
pays peuvent difficilement être bien traitées dans
ce climat.
Carl
Meeus
: on reproche à Lionel Jospin son passé trotskiste.
Pour vous qu'est-ce qui est le plus grave ? c'est le fait qu'il
ait cherché à le cacher pendant toutes ces années
? ou le fait que finalement il ait eu une double appartenance
pendant un moment, à la fois à l'OCI, l'organisation
communiste internationaliste, et au parti socialiste ?
Alain
Madelin
: Pour être très franc, je m'en fous un peu. Mais
avoir été trotskiste à 20 ans, c'est bien
?
Carl
Meeus
: Mais là en l'occurrence, ce n'est pas 20 ans, c'est 40
ans.
Alain
Madelin
: A 40 ou 50 ans...
Carl
Meeus
: ce n'est plus une erreur de jeunesse...
Alain
Madelin
: c'est plus original et c'est un peu bizarre. Mais qu'est-ce
que vous voulez que je vous dise ? Moi, quand j'étais jeune,
quand j'étais étudiant, j'étais très
anticommuniste, comme vous le savez. On me l'a assez reproché.
Bon, le Premier ministre...
Philippe
Lapousterle
: Comme lui. Il est anti-marxiste. Il a expliqué que c'était
par anticommunisme et anti-stalinisme.
Alain
Madelin
: Non, non, non. Mais enfin, anti-stalinisme -je ne vais pas polémiquer-,
mais l'anti-stalinisme de Trotski, ce n'était pas parce
que Staline mettait des gens dans le goulag. C'est parce qu'il
reprochait à Staline de ne pas aller assez loin. Quand
même, il faut rappeler les choses. Ce n'est pas un humanisme,
le trotskisme. Il reprochait à Staline de ne pas avoir
exporté la révolution et les méthodes communistes
dans le monde entier. Disons, si vous voulez, que le trotskisme
c'était un communisme ultra.
Philippe
Lapousterle
: je remarque quand même que vous vous dissociez largement
du concert de responsables politiques à droite qui estiment
scandaleux que le Premier ministre ait menti d'abord et ensuite
semble avoir eu une double appartenance pendant quelques années.
Alain
Madelin
: Ecoutez, le fait qu'il ait une double appartenance, c'est un
peu le problème de la gauche
et le problème du parti socialiste. Jospin avait fait campagne
à un moment donné sur ce slogan "Avec Jospin
c'est clair"... Ce n'est pas très clair.
MMP
: Une question d'un internaute, Pierre de Paris. Justement vous
parliez de votre passé. Il se demande si avec tous ces
déballages, vous ne craignez pas que votre passé
à Occident revienne une fois de plus sur le tapis.
Alain
Madelin
: Ecoutez, non. Parce que vraiment j'ai déjà donné.
On me l'a déjà rappelé 250 fois. Et je vous
l'ai dit moi-même. Et encore une fois j'assume. Je ne me
cache pas derrière un frère avec lequel il y aurait
une ressemblance éventuelle. J'assume parfaitement. J'étais
très anticommuniste. Alors on peut discuter beaucoup de
choses sur la forme que peut prendre cet anticommunisme au quartier
latin quand j'avais 17, 18 ou 20 ans. Mais sur le fond, le communisme
était pour moi le totalitarisme de ma génération.
Eh bien je préfère avoir combattu ce totalitarisme.
Et l'histoire, globalement, a donné plutôt raison
à ceux qui combattaient le communisme.
Carl
Meeus
: Pour la campagne présidentielle de 1995, vous étiez
l'un des soutiens les plus actifs de Jacques Chirac. Pourquoi
vous n'avez pas souhaité recommencer ce tandem gagnant,
on pourrait dire, pour 2002 ?
Alain
Madelin
: Parce que j'ai été déçu.
Carl
Meeus
: Par quoi ?
Alain
Madelin
: J'ai été déçu par la politique suivie.
Vous savez que notamment ceci a conduit à mon départ
du gouvernement. Je suis parti du gouvernement. J'aurais souhaité
une autre politique mise en uvre après 1995. Et puis
l'histoire ne repasse pas deux fois exactement les mêmes
plats. Aujourd'hui comment vous dire, je me sens... Encore une
fois, je n'ai pas la grosse tête. Mais toujours on se compare
et je me sens prêt à assumer des responsabilités.
Je me sens prêt à tracer le chemin de la France,
directement, moi-même, pas par procuration. Et peut-être
plus que cela, peut-être parce qu'avec le temps on mûrit,
on a de l'expérience, je me sens prêt à représenter
la France dans toute sa diversité. Vous savez, on dit que
je suis libéral. C'est vrai, j'adore les libertés.
Les libertés, pour moi, c'est fondamental. Mais si j'accepte,
si j'aime la liberté, j'accepte forcément la diversité
qui est le résultat de la liberté. Et la France
est diverse, elle est plurielle. Il y a de multiples couleurs
et moi je rêve d'une France aux couleurs de la vie. Je me
sens aussi à l'aise avec des gamins un peu paumés
de banlieue, qu'avec un public de PME ou un public agricole. Je
me sens capable de représenter cette diversité de
la France aujourd'hui.
Philippe
Lapousterle
: Mais vous ne vous sentiriez un peu plus fort, avec vos idées,
M. Madelin, que de faire campagne en tandem avec quelqu'un d'autre.
Ce ne serait pas plus gagnant comme... ?
Alain
Madelin
: Oui, mais enfin l'hypothèse selon laquelle...
Philippe
Lapousterle
: Mais les conditions de 1995 ne sont pas les mêmes, vous
l'avez dit vous-même.
Alain
Madelin
: Qu'est-ce que vous suggérez ? vous suggérez que
Jacques Chirac fasse tandem avec moi ? vous lui ferez cette suggestion
vous-même.
Philippe
Lapousterle
: vous êtes déçu, M. Madelin. Quel est le
sens que vous donnez à sa candidature à lui ? Puisque
vous allez vous opposer à lui.
Alain
Madelin
: Ecoutez, je n'en sais rien. Nous verrons ce qu'il dira et ce
qu'il proposera. Moi je répète, je fais une offre
politique que j'estime forte. Je vous l'ai détaillée
tout à l'heure dans toute une série de domaines
et je crois que je serai le seul à faire cette offre politique.
Elle me paraît nécessaire aujourd'hui pour un pays
qui veut se moderniser, qui veut entrer gagnant dans le nouveau
monde et un certain nombre de réformes que l'on n'a pas
faites et qu'il faut faire. Eh bien voilà, je les présenterai
directement aux Français avec la conviction qu'une majorité
d'entre eux sont capables aujourd'hui de faire ce choix-là.
Philippe
Lapousterle
: et vous pensez, M. Madelin, que si vous obtenez un score honorable,
vous demanderez à ce que le courant que vous représenterez
et seul -puisque vous serez seul à défendre les
idées libérale - soit représenté dans
le gouvernement si la droite l'emportait ? vous considérez
que ce serait un dû ?
Alain
Madelin
: je ne dis pas cela. J'ai déjà répondu une
fois parce qu'on m'a dit : est-ce que si vous n'étiez pas
en tête au premier tour...
Philippe
Lapousterle
: ce qui peut arriver.
Alain
Madelin
: ce qui pourrait arriver. Mais
je n'aime pas envisager cette hypothèse. Mais admettons.
Philippe
Lapousterle
: Si vous n'étiez pas en tête au premier tour, par
exemple que Jacques Chirac soit en tête au premier tour,
est-ce que vous appelleriez à se reporter sur lui ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, celles et ceux qui peuvent me faire confiance dans
cette campagne des élections présidentielles, je
n'ai pas le droit de marchander ou de vendre leurs voix. Leurs
voix se mériteront.
Philippe
Lapousterle
: Mais est-ce que la voix des libéraux devra participer
d'une coalition si la droite est élue en 2002 ?
Alain
Madelin
: Bien évidemment. Je représente une famille politique
qui est une famille politique importante de la vie politique française,
qui généralement est au pouvoir et leader dans tous
les pays qui nous entourent. Il est normal qu'elle soit représentée,
qu'elle fasse entendre sa voix.
Philippe
Lapousterle
: Donc si Chirac était réélu président
de la République, vous demanderiez à ce que votre
courant soit représenté dans le gouvernement de
la France ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, nous n'en sommes pas là. Je ne suis pas à
marchander un gouvernement. Je suis en train d'essayer d'expliquer
quelle peut être une voie moderne pour la France, les réformes
qu'il faut faire et d'essayer de réunir une majorité
de Français autour de ces choix-là.
Carl
Meeus
: Il y a beaucoup d'autres candidats à droite à
vos côtés. Par exemple, il y a François Bayrou
avec qui vous étiez dans le même parti en 1994. Alors
qu'est-ce que vous pensez un peu de sa campagne ? est-ce que vous
ne considérez pas finalement que François Bayrou
est un candidat de trop finalement pour 2002 ?
Alain
Madelin
: je considère que tous les autres candidats d'abord sont
des candidats de trop, déjà.
Philippe
Lapousterle
: vous n'êtes pas pour une candidature unique, M. Madelin,
quand même ? Un libéral comme vous ?
Alain
Madelin
: Il est normal qu'on préfère avoir beaucoup moins
de monde autour de soi. Mais elle est légitime. Voilà.
Vous savez dans cette campagne, faisons l'hypothèse que
je sois en tête au premier tour et que je puisse être
élu. Il faudra bien derrière constituer une majorité.
Il faudra bien derrière constituer un gouvernement. Donc
il faudra bien que les autres familles politiques, j'entretienne
de bons rapports avec elles. Donc ne me demandez pas aujourd'hui
de tirer sur elles. Et il faudra bien que des gens comme les Douste-Blazy,
les Sarkozy, les Michèle Alliot-Marie et beaucoup d'autres,
on se retrouve tous ensemble pour gouverner la France, je l'espère,
sur les options qui sont les miennes et qui auront été
choisies par les Français.
Carl
Meeus
: donc vous considérez que François Bayrou fait
un peu des erreurs quand il attaque Jacques Chirac un peu à
longueur de semaines pour essayer de se démarquer.
Alain
Madelin
: Si vous voulez exercer demain la responsabilité suprême,
il faudra bien le faire avec tout le monde. Donc ça ne
sert à rien, à mes yeux, aujourd'hui de faire des
blessures, de créer des fossés pour demain chercher
à cicatriser ou à mettre des ponts.
Philippe
Lapousterle
: Si vous étiez élu président de la République,
puisque vous êtes candidat à la fonction, qu'est-ce
que vous pensez, de manière générale, de
ce que doit être le statut du président de la République
en matière judiciaire. Est-ce qu'il doit conserver le privilège
de juridiction qui est actuellement le sien ? c'est un problème.
Alain
Madelin
: c'est un vrai problème. Le président de la République
n'est pas un citoyen comme les autres. Mais il n'est pas davantage
au-dessus des lois. Donc c'est entre les deux qu'il faut trouver
une solution. Une solution notamment pour les actes qui sont détachables
de sa fonction et qui pourraient donner lieu à des poursuites
judiciaires et qui doivent être poursuivis normalement par
les tribunaux, même s'il est normal qu'il y ait des procédures
spéciales de façon à mettre la fonction du
président de la République à l'abri.
Une fois que l'on a dit cela, comment peut-on faire ? Moi, j'ai
fait une suggestion. Je la renouvelle volontiers sur votre antenne.
Parce que c'est au fond un sujet de consensus, ça ne devrait
pas être un sujet de guerre, celui-là. Je propose
que le président de la République et le premier
ministre se mettent d'accord pour désigner une commission
de sages, de juristes pour, à la lumière des expériences
étrangères, faire une proposition de statut du président
de la République, qu'ils fassent un président de
la République pas au-dessus des lois, mais encore une fois
qui permette de protéger sa fonction.
Encore une fois, si je devais être élu, c'est bien
évidemment ce que je proposerais. Je souhaite que M. Chirac
le propose sans attendre la prochaine échéance présidentielle.
Sinon je le proposerai pour la prochaine échéance
présidentielle et bien évidemment je me l'appliquerai.
Philippe
Lapousterle
: La proposition Ayrault, c'est oui ou c'est non ? La proposition
actuelle ?
Alain
Madelin
: Non, parce que cela c'est une manuvre cousue de fil rose.
C'est évident que ce n'est pas une proposition sérieuse.
La méthode sérieuse de traiter ce problème
c'est celle-là. Il y a un autre problème qu'il faudrait
traiter parce que c'est quelque chose que l'on ne rencontre pas
dans les autres pays autour de nous. C'est le problème
des fonds secrets. Le président de la République
et le premier ministre disposent de sommes considérables
en fonds secrets, plusieurs centaines de millions. Est-ce qui
nous garantit que ces fonds ne sont pas utilisés en sous
main dans la campagne présidentielle ? c'est un vrai problème.
Il faut le regarder en face parce que ça ne sert à
rien de faire des lois sur le financement des partis politiques
si vous avez comme ça un tel trou dans le filet. Donc pour
l'avenir je crois qu'il faudra vraiment reposer cette question
des fonds secrets. J'ai rencontré un certain nombre de
dirigeants européens et ils me disent qu'ils ne disposent
pas de cette particularité française que sont ces
sommes extrêmement importantes...
Philippe
Lapousterle
: que vous avez voté, comme d'autres...
Alain
Madelin
: A la disposition du président de la République
et à la disposition du premier ministre et sans contrôle.
Philippe
Lapousterle
: M. Madelin, deux mots avant de passer à l'actualité
économique et sociale pour en finir avec ce sujet des affaires
et du statut du président de la République. Si vous
étiez élu, si j'ai bien compris, il n'y aurait plus
de fonds secrets pour le président de la République,
M. Madelin ?
Alain
Madelin
: Moi je dis que c'est une question qu'il faut revoir. Là
encore, cela fait partie des archaïsmes de la vie politique
française. Vous pouvez difficilement faire une loi sur
le financement des partis politiques exigeant la totale transparence
et faire en sorte que chez le premier ministre, chez le président
de la République, il y ait des fonds extrêmement
importants qui sont sans commune mesure avec d'ailleurs les seules
sommes consacrées aux partis politiques et qui soient sans
contrôle.
Philippe
Lapousterle
: et pour en revenir à l'attitude du président actuel
de la République, M. Chirac, il a bien fait de ne pas répondre
aux convocations des juges, à votre avis ? ou il aurait
dû s'expliquer devant eux ou devant l'opinion publique ?
Alain
Madelin
: Il s'est expliqué devant l'opinion publique ou du moins
le pense-t-il.
Philippe
Lapousterle
: c'est suffisant ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, encore une fois, c'est le choix de chacun. Il est normal
que le président de la République de par sa fonction
soit protégé des poursuites ordinaires. Mais si
le président de la République aujourd'hui n'est
pas à l'abri de poursuites extraordinaires, tout le monde
comprend bien que la Haute Cour est une procédure extrêmement
lourde qui ne convient pas à un certain nombre de faits.
Et donc entre la procédure extra-extra-extraordinaire que
peut constituer la Haute Cour et une procédure de droit
commun, il y a un juste milieu à trouver.
Philippe
Lapousterle
: Quand vous proposiez, M. Madelin, tout à l'heure -ça
me faisait sourire- que le premier ministre et le président
de la République se mettent d'accord pour un futur statut
du président de la République, vous croyez, le moment
est bien choisi ?
Alain
Madelin
: Moi, je l'ai proposé avant que ceci ne dérape.
Mais à la limite pourquoi pas ? Manifestement la manoeuvre
de Montebourg, la manoeuvre de la proposition de loi socialiste,
ça n'a aucune chance d'aboutir. C'est du cinéma.
Et donc il serait légitime que le président de la
République propose, que le premier ministre propose ou
mieux encore les deux ensemble proposent une commission de sages
qui, dans un délai extrêmement rapide parce que ce
n'est pas trop sorcier, proposerait ce que peut être un
statut moderne d'un président de la République en
France.
Carl
Meeus
: L'Assemblée nationale a voté en deuxième
lecture, la loi de modernisation sociale. Mais, très rapidement,
le ministre de l'Economie et des Finances, Laurent Fabius, a donné
ses réserves sur cette nouvelle loi. Alors, d'après
vous, c'est quoi ? c'est une répartition des rôles
assez machiavéliques ? ou alors ce sont de vraies divisions
à gauche entre un PC et.. ?
Alain
Madelin
: D'abord c'est un instant de lucidité du ministre des
Finances qu'il faut saluer. Lorsqu'il a dit que cette loi aurait
un effet dissuasif sur l'investissement et sur l'emploi, il a
raison. Partout autour de nous, on s'efforce de faciliter l'acte
d'entreprendre pour créer la richesse, la prospérité
et l'emploi. Il n'y a qu'en France où on cherche à
compliquer ou à renchérir les choses. Et donc c'est
une loi qui s'ajoute à d'autres et qui a un effet dissuasif,
à mon avis, sur l'économie française. Maintenant
M. Fabius a fait connaître son humeur, mais s'il était
vraiment en désaccord il reste une solution au ministre
de l'Economie et des Finances. Quand on n'est pas d'accord avec
une politique menée, démissionner.
Philippe
Lapousterle
: vous pensez que l'affaire en vaudrait la peine ?
Alain
Madelin
: je pense que ce n'est pas une mince affaire. Le Premier ministre
n'a pas agi comme un homme d'Etat mais comme un homme de parti,
à la recherche d'une combine politique. Songez que l'on
n'a pas consulté les syndicats et que l'on n'a pas davantage
consulté les entreprises sur cette affaire et que ceci
s'est déroulé dans des tractations de partis, dans
les arcanes de l'Assemblée nationale. Donc je crois qu'il
y a une véritable erreur, une faute grave et que c'est
un boulet. Le fait que le premier ministre ait appelé cela
loi de modernisation sociale, alors que c'est vraiment tout le
contraire, cela lui restera comme étant le contre exemple
de ce que doit être une modernisation.
Philippe
Lapousterle
: alors, M. Madelin, vous avez partagé l'avis de M. Fabius
qui laissait craindre que ce soit une mauvaise mesure pour les
investissements étrangers en France ou même nationaux
en France. Mais est-ce qu'il n'y a pas dans cette affaire, les
salariés qui comptent aussi ? est-ce que ce n'est pas une
bonne garantie supplémentaire pour les salariés
qui, après tout, participent aussi à la vie de l'entreprise
?
Alain
Madelin
: Non. C'est de la loi spectacle. Souvenez-vous de ce qui s'est
passé...
Philippe
Lapousterle
: Ca ne peut pas être les deux à la fois, M. Madelin.
Alain
Madelin
: je vais vous répondre. Souvenez-nous de ce qui s'est
passé au lendemain des élections municipales, l'affaire
Danone. Et le PC, l'extrême gauche qui mènent une
campagne vigoureuse et le gouvernement qui tente de faire croire
qu'il fait quelque chose en ajoutant quelques dispositifs dans
cette loi dite de modernisation sociale. Je reprends cet exemple
: est-ce que le plan de reconversion sociale de Danone est plus
avantageux que le dispositif que propose la loi de modernisation
sociale ? La réponse est oui. Et même cent fois et
mille fois oui. Le gouvernement a commis une erreur. Si j'avais
été président de la République ou
premier ministre, ou en charge de cette affaire, je ne serais
pas passé à côté d'un véritable
droit à la reconversion qu'il aurait été
possible d'instituer. Vous savez que l'on a en matière
de chômage institué le Pare dont tout le monde se
félicite aujourd'hui. Le pare, qu'est-ce que c'est ?
Philippe
Lapousterle
: Tout le monde entre guillemets.
Alain
Madelin
: Si, le gouvernement.
Philippe
Lapousterle
: Mais les syndicats n'en font pas...
Alain
Madelin
: Si, tout le monde a signé, directement ou indirectement,
aujourd'hui. C'est l'idée qu'on ne peut pas se contenter
de payer les gens quand ils sont au chômage et qu'il faut
pour les aider à retrouver un emploi, leur assurer un parcours
de reconversion personnel et mettre les moyens pour cela. Eh bien
ce que je viens de dire pour le chômage individuel, je peux
le dire et je dois le dire aussi en cas de licenciements économiques
de masse. Et si vous avez une entreprise qui licencie 50, 100
ou 150 personnes, on doit mettre en place un dispositif, comme
on l'a fait chez Danone d'ailleurs, pour assurer le reclassement
de tout le monde et pour favoriser la reconversion du site. Alors
les grandes entreprises comme Danone sont des grandes marques.
Elles ont une responsabilité sociale, elles le font. Mais
on passe à côté de tout le tissu des petites
et des moyennes entreprises, des sous-traitants et là tout
le monde s'en moque. Eh bien moi j'aurais mis en place, j'aurais
demandé aux partenaires sociaux plus exactement, de prévoir
un dispositif collectif de mise en place d'antennes de reclassement
et d'antennes de réindustrialisation dans tous les cas
de licenciements économiques.
Philippe
Lapousterle
: et vous ne faites pas de différence, M. Madelin, entre
les entreprises qui font du bénéfice, parce que
c'est ça qui a beaucoup choqué, ce sont des entreprises
qui font d'énormes bénéfices et qui licencient
en même temps. C'est ce que les Français n'ont pas
toujours compris. C'est ça le fondement de cette loi.
Alain
Madelin
: ce sont des restructurations industrielles qui ont lieu et personne
n'est à l'abri de ces restructurations industrielles. Vous
vous souvenez de l'exemple de Renault, entreprise d'Etat. On licencie
à Villevorde. Ca a fait couler un peu d'encre. Mais ils
ont licencié 12.000 personnes, je crois, chez Nissan au
Japon. Personne n'en a parlé. Cela fait partie, hélas,
de la vie de l'entreprise. L'essentiel, et heureusement, c'est
que l'économie crée beaucoup plus d'emplois qu'elle
n'en supprime. Et lorsque vous êtes une grande entreprise
et que vous faites des bénéfices, vous avez une
responsabilité sociale qui fait que vous mettez en place
généralement un plan de reconversion, qui fait que
vous avez zéro licenciement sec et vous assurez le reclassement
de tout le monde. C'est toujours douloureux mais c'est quand même
l'exercice de votre responsabilité.
Philippe
Lapousterle
: Question des internautes d'Infonie avec Mathieu Maire du Poset
?
MMP
: Une question d'un Parisien, Alain, qui vous demande quel regard
vous portez sur le dépôt de bilan d'AOM-Air liberté
et est-ce que vous ne pensez pas que M. Seillière aurait
dû intervenir ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, je ne connais pas le dossier. L'actionnaire est engagé
sur son capital. Ceci pose peut-être le problème
de l'organisation du transport aérien. Est-ce qu'il était
possible de faire avec Air France d'un côté et avec
un ministère de tutelle, l'aviation civile qui a partie
liée à Air France, d'organiser une saine concurrence
en France même ? La concurrence internationale existe bien
évidemment pour Air France. Mais en France c'était
le pari qu'avait fait AOM-Air Liberté, c'est, semble-t-il,
un pari perdu. Et bien évidemment cela a des conséquences
financières pour tous les actionnaires. Mais il y a un
vrai problème d'organisation des transports aériens
en France. Et partout ailleurs, généralement, l'autorité
de tutelle de l'aviation civile est une autorité distincte
des compagnies aériennes.
Philippe
Lapousterle
: Entre parenthèse, M. Madelin, il y a une cohabitation
qui ne marche pas très bien, c'est celle du Medef, M. Seillière,
et M. Gayssot. On a vu M. Seillière accuser Gayssot d'avoir
organisé la chute de son entreprise.
Alain
Madelin
: Oui, bon, chacun est dans son rôle.
Carl
Meeus
: Comment qualifieriez-vous la politique économique et
sociale de Lionel Jospin ? vous diriez qu'elle est sociale libérale
ou dirigiste ?
Alain
Madelin
: Oh, je dirais surtout : quel gâchis ! Quel gâchis
parce que ça me fait penser un peu à la politique
de Michel Rocard à un moment donné. J'aime bien
Michel Rocard. Mais il est passé à côté
de la bonne utilisation de la croissance. Et je crois que le gouvernement
Jospin aura fait la même chose. Quand vous avez la chance
d'avoir la croissance tirée par la mondialisation, tirée
par les Etats-Unis, lorsque vous avez la chance d'avoir de la
croissance, au lieu de gaspiller les fruits de cette croissance
dans de nouvelles dépenses publiques et dans la fuite en
avant, vous essayez de vous attaquer à un certain nombre
de réformes de fond. C'est ce que font tous les pays autour
de nous.
Je vais prendre juste un exemple peut-être, pour me faire
comprendre, parce que chaque fois que je le cite les gens sont
frappés.
L'Italie a baissé ses prélèvements publics
d'1% chaque année, supprimé 300.000 postes de fonctionnaires,
décentralisé extrêmement largement, une autonomie
régionale très forte. Elle a réglementé
le droit de grève dans les services publics, réduit
le nombre de ministères, transformé complètement
le statut de la fonction publique, donné une très
large autonomie aux établissements scolaires. Je pourrais
poursuivre longtemps. Ca c'était l'Italie de la coalition
de gauche...
Philippe
Lapousterle
: Ils ont perdu les élections.
Alain
Madelin
: Dirigée par M. d'Alema ex-communiste et hier premier
ministre. Je dis ça pour montrer l'extraordinaire décalage
qui existe entre la France et ceux qui nous entourent. Ca c'était
une coalition de gauche en Italie, qui a été profondément
réformatrice, et la France c'est la belle au bois dormant.
Philippe
Lapousterle
: et battu.
Alain
Madelin
: et M. Jospin sera battu aussi.
Carl
Meeus:
Sans l'avoir fait.
Alain
Madelin
: sans l'avoir fait. Et donc c'est pour ça que c'est une
occasion gâchée. Mais si vous prenez M. Tony Blair
en Grande-Bretagne, un formidable mouvement de réformes
là encore. Et M. Tony Blair a été élu.
Donc le socialisme quand il est libéral, a plus de chances
de rester au pouvoir.
Philippe
Lapousterle
: Qu'est-ce qui vous fait dire que M. Jospin sera battu ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, d'abord parce qu'on va s'y employer. Mais parce que
ce sera un moment de vérité. Est-ce que vous faites
confiance aux socialistes français ? M. Jospin expliquait
l'autre jour qu'il conduisait la politique la plus à gauche
de toutes les démocraties occidentales, la plus socialiste.
Est-ce que vous faites confiance à cette politique-là
pour moderniser la France et pour assurer la prospérité,
l'avenir de vos enfants ? c'est ça la question qui sera
posée. Pour moi, la réponse est claire, c'est non.
Philippe
Lapousterle
: quand vous le comparez à M. Rocard, il y a quand même
1 million de chômeurs en moins, ce qui n'avait pas été
le cas sous M. Rocard, les 35 heures, ce qui n'avait pas été
une réforme faite par M. Rocard. Il y a quand même
une différence. Ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet.
Alain
Madelin
: Ecoutez les 35 heures ne sont pas à mettre au crédit
de M. Jospin mais à mon avis à son débit.
Et on le verra tôt ou tard.
Philippe
Lapousterle
: Les internautes d'Infonie avec Mathieu Maire du Poset ?
MMP
: M. Madelin, une autre question à propos de M. Seillière
et du Medef, Pierre, 52 ans de Caen qui demande si la menace du
Medef de se retirer de la sécurité sociale est un
bon moyen pour faire avancer les choses.
Alain
Madelin
: De quoi s'agit-il d'abord ? Il faut quand même expliquer
à vos auditeurs. Le Medef ne menace pas comme ça
de partir de la sécurité sociale. En réalité,
c'est le gouvernement qui veut utiliser l'argent de la sécurité
sociale.
Philippe
Lapousterle
: Prélever, oui.
Alain
Madelin
: L'argent de la sécurité sociale, c'est-à-dire
l'argent des malades, l'argent des familles, l'argent de la santé
des Français pour aller payer la facture des 35 heures.
Alors, moi je crois les partenaires sociaux responsables. Mais
s'ils deviennent des administrateurs fictifs, pourquoi rester
? et moi je serais à la place des partenaires sociaux,
pas seulement le Medef, si le gouvernement confirmait ce hold-up,
je partirais.
Philippe
Lapousterle
: Hold-up, c'est le mot ?
Alain
Madelin
: Oui, c'est un hold-up.
Philippe
Lapousterle
: parce que le gouvernement répond, juste pour aller un
peu plus dans le raisonnement, que la sécurité sociale
a largement profité des mesures sur les 35 heures en faisant
que des chômeurs deviennent cotisants.
Alain
Madelin
: Mais non, ceci n'est pas exact. C'est comme si vous disiez les
500.000 emplois qui ont été créés
chaque année depuis trois ans par les entreprises françaises.
Ce sont les entreprises qui les ont créés, ce ne
sont pas les 35 heures. Donc c'est absurde. C'est un mauvais justificatif.
Personne ne sera dupe. Il n'y a qu'en France encore une fois,
où l'on imagine... Souvenez-vous des 35 heures. Les 35
heures, on nous avait dit : c'est un remède miracle. C'était
une époque d'ailleurs où c'était une erreur
de prévision. Les socialistes sont arrivés au gouvernement
en répétant partout : "on va dans un monde
où il y aura de moins en moins d'emplois, ça va
être la pénurie de travail". Moi je disais rigoureusement
le contraire. On ne me croyait pas beaucoup à l'époque.
Je disais : "on va faire le plein d'emplois". et puis
finalement on s'est aperçu que l'économie était
créatrice d'emplois. Mais la solution socialiste des 35
heures qui était une solution du partage de la pénurie
du travail grandissante est une solution qui est totalement datée,
qui n'avait rigoureusement aucun sens. Non pas qu'on ne peut pas
faire la liberté du temps de travail, mais les 35 heures
obligatoires pour tous et particulièrement pour toutes
les petites entreprises, pour votre coiffeur demain, c'est complètement
absurde et complètement archaïque.
Philippe
Lapousterle
: Une question à l'expert en économie que vous êtes,
M. Madelin, et à l'ancien ministre de l'Economie et des
Finances, la croissance que vous avez évoquée tout
à l'heure et dont vous pensez que Jospin aurait pu mieux
profiter, elle existe encore dans l'année qui vient ? ou
bien vous êtes inquiet des signes, ça et là,
qui inquiètent certains ?
Alain
Madelin:
Le moteur américain ralentit et quand la locomotive américaine
ralentit, la France ralentit. Mais si la France ralentit, c'est
parce qu'elle n'a pas su se donner un moteur propre, suffisamment
nerveux et c'est là tout le problème des prochaines
années. Tout le problème des prochaines années,
c'est faire tourner à plein régime le moteur de
la croissance des entreprises. Et de ce point de vue-là,
il faut à mon avis mettre un peu le pied sur l'accélérateur,
donner un peu plus de liberté, diminuer un peu les contraintes,
les règlements, les charges et les impôts, c'est-à-dire
tout le contraire d'une politique socialiste.
Philippe
Lapousterle
: et vous ne craignez pas la fin de la parenthèse ?
Alain
Madelin
: Non, je pense que globalement sur une longue période,
nous sommes engagés mondialement dans une phase de croissance
forte et je suis persuadé que la France peut viser une
croissance supérieure à 4% et qu'elle doit le faire.
Carl
Meeus
: Le sommet européen de Göteborg qui s'est achevé
ce week-end vient de décider d'un calendrier enfin sur
l'élargissement de l'Union. C'était votre priorité,
l'élargissement de l'Union. Donc vous êtes plutôt
satisfait ? vous dites que Göteborg c'était un bon
sommet ?
Alain
Madelin
: Oui, oui, oui. J'étais à Göteborg aussi.
Carl
Meeus
: Pas du côté des manifestants...
Alain
Madelin
: Non. L'avantage du traité de Nice c'est qu'il ouvrait
enfin la porte aux pays d'Europe de lest candidats. Moi j'aurais
souhaité qu'on soit beaucoup plus audacieux et beaucoup
plus rapide. Pourquoi ? parce que je crois que la tâche
historique de toute une génération -la mienne peut-être
aujourd'hui- c'est de créer la grande Europe. La petite
Europe, ça y est, elle appartient au passé. L'Europe
des 15 c'est fini. Et en changeant de dimension, l'Europe change
aussi de nature. Si on se retrouve ensemble, tous les Européens,
il faut qu'on s'interroge sur : Pourquoi on est Européen
? Qu'est-ce qu'on est ? et le projet qui était exclusivement
un projet économique ou essentiellement économique,
le projet européen devient un projet culturel, politique,
un grand projet. C'est la raison pour laquelle je dis aujourd'hui
: la priorité doit être donnée à l'élargissement.
Or on sait très bien qu'on ne pourra pas faire entrer la
grande Europe dans les institutions de la petite Europe et il
faut donc assouplir ces institutions pour faire la grande Europe.
C'était l'enjeu du traité de Nice. On aurait pu
mieux faire.
MMP
: justement à propos de l'intégration de ces pays,
quelqu'un se demande si l'Europe a les moyens de réussir
à intégrer tous ces nouveaux pays dans l'Europe.
Alain
Madelin
: Mais bien sûr, c'est une chance formidable. Enfin, on
ne va pas passer à côté. Bien sûr on
a les moyens. D'abord parce que nous sommes riches et au surplus
il faudrait arrêter avec ces réflexes égoïstes.
Ou vous avez une vision politique, ou vous ne l'avez pas. J'entends
bien les Anglais qui disent : touche pas à mon chèque.
Vous savez que les Anglais bénéficient d'un système
de contribution un peu exceptionnelle qu'ils ne veulent pas remettre
en question. Les Italiens et les Espagnols...
Philippe
Lapousterle
: Les Français : touche pas à ma PAC.
Alain
Madelin:
Les Français : touche pas à ma politique agricole
commune. Les Italiens et les Espagnols : touche pas à mes
fonds structurels. Ils bénéficient de subventions
pour les régions déshéritées de ces
deux pays. Les Allemands : oui, ce serait très bien d'élargir,
mais il ne faut quand même pas qu'il y ait trop de libre
circulation des hommes parce qu'on n'a pas envie d'être
envahis. Donc chacun y va de son petit couplet nationaliste et
égoïste. Ce n'est pas comme ça qu'on fait un
grand projet politique.
Philippe
Lapousterle
: et la décentralisation, M. Madelin, est-ce que vous partagez
la déclaration de M. Poncelet, le président du Sénat,
qui a demandé un changement de Constitution pour permettre
qu'une vraie décentralisation puisse se mettre en place
?
Alain
Madelin
: Bien évidemment.
Philippe
Lapousterle
: Changer la Constitution.
Alain
Madelin
: Non, pas changer la Constitution, modifier la Constitution.
Pourquoi ? parce que les régions n'existent pas dans la
Constitution. Si vous voulez faire un vrai pouvoir régional...
Philippe
Lapousterle
: Indispensable, à votre avis ?
Alain
Madelin
: Indispensable à un pays moderne. Autour de nous, tous
les pays ont des autonomies régionales fortes. C'était
le cas d'un certain nombre de pays depuis longtemps et puis d'autres
pays se sont convertis et s'engagent dans cette direction. Un
Etat moderne est un Etat profondément décentralisé
qui s'appuie sur des régions dotées d'un très
large pouvoir autonome. Et beaucoup de problèmes qu'aujourd'hui
on a l'habitude de régler d'en haut, par exemple l'urbanisme,
l'éducation, sont, dans tous les autres pays autour de
nous, réglés d'en bas. Donc ça c'est le sens
de l'histoire, bien évidemment. Mais pour faire cela en
France, il faudra réformer la Constitution. Et inscrire
les régions, leur autonomie fiscale, leur pouvoir réglementaire
délégué et également le principe de
subsidiarité. C'est un nom un peu barbare qu'on utilise
en Europe, mais qui veut que lorsqu'une tâche peut être
réglée en bas eh bien on ne la règle pas
en haut. C'est la même chose pour les régions dans
les pays autour de nous, l'Italie par exemple.
Philippe
Lapousterle
: et les disparités ? Tant pis pour les disparités
?
Alain
Madelin:
L'Italie a inscrit le principe de subsidiarité dans sa
Constitution, comme il lest en Allemagne, comme il lest dans d'autres
pays autour de nous. Donc il faut une réforme constitutionnelle
forte que je propose depuis longtemps. Alors, bien évidemment,
à l'intérieur, puisqu'on est dans un même
Etat, ce ne sont pas des régions totalement autonomes,
chacun pour soi, égoïste, vous avez un mécanisme
de solidarité nationale. Il existe aussi dans les autres
pays de façon à faire en sorte qu'il y ait une solidarité
des régions riches pour les régions pauvres.
Carl
Meeus
: En ce moment, la gauche et la droite jouent à : "plus
décentralisateur que moi, tu meurs". Ca vous fait
sourire de voir la surenchère qu'il y a eu ces derniers
temps ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, je ne sais pas. En tout cas je suis clairement mieux
disant en matière de régionalisation. J'ai dit oui
au statut de la Corse. Pas idéal, le statut de la Corse
et la façon dont il a été goupillé,
ça donnait un peu le sentiment de récompenser le
terrorisme et beaucoup de gens ont été choqués.
Néanmoins, c'est un pas dans la bonne direction. C'est
dommage de le faire seulement pour la Corse. Mais il faudra aller
plus loin et pour la Corse et pour l'ensemble des régions.
Et c'est la raison pour laquelle je propose un pouvoir régional
fort, très très fort. Je prenais l'exemple de l'éducation.
Voilà encore une fois typiquement le sujet qui doit faire
éclater le ministère de l'Education pour pouvoir
aller vers des établissements plus libres, plus autonomes,
coordonnés, bien sûr, au niveau régional,
dans le cadre d'une politique nationale, avec des ressources fiscales
propres aux régions, importantes. Je propose de leur donner
la TIPP, c'est-à-dire les taxes sur l'essence et l'énergie,
et de leur donner une part de la TVA, de façon à
avoir les moyens financiers d'une politique autonome.
Carl
Meeus
: Dominique Voynet va normalement quitter le gouvernement à
la fin du mois. Il était prévu qu'Yves Cochet la
remplace. Mais visiblement le fait d'avoir signé la proposition
du député Arnaud Montebourg, demandant le renvoi
du président de la République devant la Haute Cour
de Justice...
Philippe
Lapousterle
: Lui a valu un carton...
Carl
Meeus
: lui a valu un veto. Vous trouvez que c'est normal que le président
choisisse un peu les ministres ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, si vous le voulez bien, je pratiquerai la non-ingérence
dans les affaires gouvernementales de la gauche. Qu'ils règlent
leurs problèmes tout seuls. Ils n'ont pas besoin de mes
conseils pour les régler.
Philippe
Lapousterle
: vous l'auriez fait, vous, le carton rouge.
Alain
Madelin
: je n'en sais rien. C'est vraiment la dernière de mes
préoccupations aujourd'hui.
Carl
Meeus
: c'est important quand même.
Alain
Madelin
: Non, ça n'a rigoureusement aucune importance. Je suis
persuadé que la plupart de vos auditeurs sen moquent totalement.
MMP
: Pour revenir sur le terrain des affaires, une question à
propos de M. Claude Bébéar et de sa mise en examen.
Quelqu'un qui demande si celle-ci n'implique pas qu'il cesse de
représenter Paris pour la candidature de Paris aux Jeux
Olympiques de 2008.
Alain
Madelin
: Ecoutez, très sincèrement je n'ai pas regardé
de près quels étaient les faits qui ont valu à
Claude Bébéar cette mise en examen. Mais franchement,
Claude Bébéar est, pour tous ceux qui le connaissent,
un grand chef d'entreprise français qui fait honneur aux
entreprises françaises.
Philippe
Lapousterle
: alors, vous qui êtes original, Alain Madelin, même
les vôtres se demandent parfois dans quel sens vous allez
aller. Sur les raves-parties, les fameuses raves-parties, avec
le projet Vaillant qui demandait qu'elles soient déclarées
avant qu'elle aient lieu. Vous êtes de quel côté
?
Alain
Madelin
: Il y a eu un amendement, je crois, au Sénat, à
l'Assemblée Nationale, pour essayer d'imposer je ne sais
plus trop quoi aux raves-parties.
Philippe
Lapousterle
: Une déclaration préalable.
Alain
Madelin
: Oui, une saisie du matériel.
Philippe
Lapousterle
: et s'il n'y a pas déclaration, saisie du matériel.
Alain
Madelin
: Bien. Je vous ai dit tout à l'heure que j'étais
contre les lois spectacles. Il y a un problème qui surgit
dans l'actualité, hop, le gouvernement ou les hommes politiques
pour jouer les intéressants, disent : "on va faire
une loi". Il y a tout ce qu'il faut dans la loi en cas de
débordement des raves-parties, depuis les atteintes à
la propriété d'autrui, les trafics de stupéfiants,
les ventes d'alcool non déclarées, les billetteries
clandestines, la mise en danger de la santé des mineurs...
Vraisemblablement les avocats qui nous écoutent pourraient
sans doute trouver une trentaine de délits qui pourraient
s'appliquer aux raves-parties. Alors que l'on commence à
appliquer la loi telle qu'elle est plutôt que jouer les
fiers à bras. Moi j'en ai assez de ces ministres ou de
ces hommes politiques qui bombent le torse à l'Assemblée
Nationale pour ensuite baisser les bras dans la réalité
concrète.
Philippe
Lapousterle
: Quelques secondes, je ne voudrais pas que l'on finisse sans
un mot pour l'Algérie. Est-ce qu'il faut soutenir les manifestants
en Algérie ? ou est-ce qu'il faut continuer de discuter,
de négocier avec le pouvoir en place ?
Alain
Madelin
: Ecoutez, vous connaissez mon hostilité pour la clique
militaire corrompue qui est au pouvoir en Algérie. Et donc
je crois que tant qu'il n'y a pas d'avenir, de prospérité,
de démocratie possible, d'espoir pour le peuple algérien
tant que ce régime-là restera en place, je crois
que la France ne peut ni fermer les yeux, ni se taire sur ce qu'il
se passe. Et je me sens solidaire et j'apporte tout mon soutien
à la jeunesse algérienne.
Philippe
Lapousterle
: Merci d'avoir été avec nous, Alain Madelin.
Alain
Madelin invité sur RMC, Jeudi 17 juin 2001