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"le gouvernement ferait mieux
ALAIN MADELIN : Sans aucun doute. Et c'est d'autant plus grave que cette réforme a servi d'exemple aux successeurs d'Alain Juppé qui ont poursuivi dans cette ligne. Or, c'est tout le contraire qu'il faut faire. La déresponsabilisation des acteurs du monde de la santé conduit tout droit à l'étatisation de la Sécurité sociale. Preuve de cette déresponsabilisation, l'application de sanctions collectives prévues par le plan Juppé. Un principe inacceptable : ce n'est pas parce qu'un automobiliste a fait une infraction au code de la route qu'il faut pour autant sanctionner toute la file des automobilistes. Or, le principe des sanctions collectives appliquées aux médecins ressort de cette politique. Cela n'est pas acceptable.
ALAIN MADELIN : Il est clair que tout ne peut plus être décidé unilatéralement par le pouvoir central parisien, par un ministre. Il faut au plus vite accomplir une décentralisation, accroître la responsabilité individuelle de tous les acteurs du monde de la santé, en mettant en place l'autonomie de gestion des caisses et la décentralisation de l'assurance-maladie, qui doit être ouverte à d'autres partenaires que les caisses actuelles. Seule la pratique de la responsabilité et de la liberté permettra de trouver le meilleur rapport qualité-prix des actes médicaux, des soins hospitaliers, qu'ils soient publics ou privés. Il ne s'agit pas de faire des économies sur la santé, mais une économie de la santé : pour découvrir le bon prix, il faut mettre en pratique cette liberté, sans vouloir tout enfermer dans une enveloppe comptable pour limiter les dépenses. Il y a une foule de gaspillages à éviter par la mise en pratique de cette liberté, et il n'y aura alors que des gagnants : les médecins, les assurés sociaux, les contribuables. LE QUOTIDIEN : Ouvrir l'assurance-maladie à d'autres partenaires que les caisses, cela ressemble en fait, bien qu'on n'en connaisse pas encore précisément les détails, aux projets du patronat en la matière. ALAIN MADELIN : Ce que nous préconisons, c'est une réforme en profondeur qui passe par la régionalisation et la responsabilisation de tous les acteurs du monde de la santé. Cela demande l'intervention des caisses primaires, c'est sûr, mais aussi des caisses complémentaires, mutuelles comme assurances privées. Il faut faire le contraire de ce qu'on a fait jusqu'alors et qui débouche sur un système dans lequel le prix de chaque acte est de plus en plus cher et où l'on rembourse de moins en moins. J'ajoute que, si j'en ai la possibilité, c'est cette réforme de l'assurance-maladie que j'engagerai en premier.
ALAIN MADELIN : ce que je souhaite, c'est que la CSG serve d'abord à financer la maladie et qu'elle ne supporte pas tout ce qui ressort de la solidarité nationale ou de la famille. Aujourd'hui, personne ne comprend plus rien aux comptes de la Sécurité sociale, entre le financement des 35 heures, les charges indues ou autres, c'est une usine à gaz. Il faut mettre à plat ce système, et surtout rendre à l'assurance-maladie ce qui lui appartient. LE QUOTIDIEN : Le départ du Medef du conseil d'administration de la CNAM est-il un événement inquiétant à vos yeux ? ALAIN MADELIN : Bien que je n'aie jamais été partisan de la politique de la chaise vide, je comprends cette décision du Medef. Je lui reprocherais même de ne l'avoir pas fait plus tôt. Mais cela montre une nouvelle fois que le système est vraiment malade et qu'il faut tout reprendre à la base. Je reste partisan du paritarisme et c'est dans cet esprit que je préconise l'organisation d'élections à la Sécurité sociale -sans cesse reportées depuis des années-, là aussi dans un souci de responsabilisation. Des scrutins auxquels pourraient également participer des associations de malades. LE QUOTIDIEN : Le gouvernement a engagé une grande concertation avec les professionnels de santé et les médecins, avant de leur faire des propositions. Quel regard portez-vous sur cette concertation ? ALAIN MADELIN : Si j'en crois les échos que j'en ai eus, ce fut surtout "paroles, paroles", sans aucune décision d'envergure. Le gouvernement aurait mieux fait, à mon avis, de supprimer le système de sanctions collectives pour les médecins, comme ils le demandent, et d'engager une réforme en profondeur du système actuel. LE QUOTIDIEN : Avec un nouveau système de maîtrise plus souple ? ALAIN
MADELIN
: La maîtrise des dépenses, et c'est la suite logique du
raisonnement que je tiens depuis le début de notre entretien, passe
par une plus grande responsabilisation du corps médical. Mais cela
exige une revalorisation des honoraires, comme les médecins le
demandent aujourd'hui. Je ne ferai pas la comparaison habituelle entre
le tarif d'un plombier et les honoraires d'un médecin, mais il
faut bien comprendre qu'avec le niveau actuel de leur rémunération,
les médecins n'ont pas intérêt à limiter le
nombre de leurs actes et que cela ne les incite guère à
faire preuve de responsabilité en la matière.
ALAIN MADELIN : Bien évidemment. LE QUOTIDIEN : L'hôpital est en crise. Quels remèdes préconisez-vous ? ALAIN
MADELIN :
Le système est complètement usé. Les coûts
diffèrent, parfois d'une manière considérable, d'un
établissement à l'autre, d'une région à l'autre,
sans que l'on en comprenne vraiment les raisons. Il n'y a aucune politique
cohérente. Là encore, parce que tout est décidé
par le pouvoir central. Même les préfets sanitaires, les
directeurs des agences régionales de l'hospitalisation, sont nommés
en conseil des ministres, ce qui fait que le pouvoir politique choisit
les responsables des hôpitaux régionaux.
ALAIN MADELIN : Je ne sais pas si c'est délibéré, mais c'est en tout cas le résultat de la politique menée jusqu'à présent. Il faut au plus vite y remédier et mettre en place une tarification unique, à missions égales, pour le public et le privé. LE QUOTIDIEN : vous êtes donc solidaire de l'action des responsables des établissements privés qui ont décidé de refuser toute admission, sauf les urgences bien évidemment, les 24 et 25 octobre. ALAIN MADELIN : Non seulement je les soutiens, mais je les incite surtout à aller voir leurs élus, notamment socialistes, pour leur faire part de la situation dramatique de l'hospitalisation privée et des conséquences pour la santé publique.
ALAIN
MADELIN
: Et cela est vrai. Mais c'est en traquant les gaspillages que nous arriverons
à améliorer cette qualité des soins et aussi le niveau
des remboursements. Cela aussi est vrai. Les Français doivent le
savoir. Alain
Madelin
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