"L'objectif des terroristes est d'empêcher la paix"
Alain Madelin La Provence 9 avril 2002

Brigitte Rouzières : l'Europe peut-elle aider, indépendamment des Etats-Unis, à trouver une solution au conflit israélo-palestinien ?

Alain Madelin: Je parlerai plus volontiers de la Communauté internationale que de l'Europe. C'est une question qui regarde le monde entier. A Marseille, ce n'est plus de l'antisémitisme, c'est du terrorisme antisémite qui mérite, non seulement la plus ferme dénonciation mais une prise de conscience de la part de tous ceux qui exercent des responsabilités politiques, pour stopper cet engrenage que l'on croyait banni de notre territoire. Il faut dire clairement que s'il n'y a pas de règlement de paix au Proche-Orient, c'est d'une part parce que les propositions extrêmement fortes qui avaient été faites, tant à Oslo qu'à Tabah, ont été refusées par Arafat. Et je le dis d'autant plus que je connais les négociateurs qui étaient avec Arafat: ils n'ont pas compris le "non" à ces propositions qui auraient pu régler le conflit. Depuis, le leader palestinien a pratiqué la fuite en avant, avec une nouvelle intifada, puis il a laissé faire, encouragé, toléré, des actes de terrorisme indignes de l'humanité. Je crois que, face à ce terrorisme qui consiste à transformer des gens en bombes humaines, il doit y avoir une réaction unanime des démocrates. Il faut frapper fort, montrer que nous ne laisserons pas faire ça, car si vous l'acceptez ici, vous l'aurez ailleurs. Vouloir la paix comme je le veux dans cette partie du monde, c'est clairement, pour les Palestiniens, dénoncer ce terrorisme aveugle. La Communauté internationale a demandé à Arafat de le faire. Il ne l'a pas fait. Il a même libéré ces terroristes et aujourd'hui, il ne sait pas, ne veut, ou peut-être ne peut pas les remettre en prison. Mais tant qu'il ne le fera pas, ce sera la raison d'être des opérations militaires israéliennes. Aujourd'hui, on ne peut pas parler de paix, car l'objectif des terroristes, ce n'est pas de faire pression pour obtenir des négociations de paix, c'est d'empêcher la paix, et si possible détruire l'Etat d'Israël. C'est la raison pour laquelle la position française et la position européenne devraient être plus claires. Il est absolument nécessaire de démanteler ce terrorisme et, bien sûr, d'arrêter dans le même temps les opérations militaires israéliennes pour retrouver le chemin d'une négociation qui permette aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en paix. Avec un Etat palestinien reconnu par la Communauté internationale, mais pas n'importe lequel: un Etat démocratique, tolérant, pacifique qui souffle la paix et pas la haine, un Etat bien géré. Nous aurons une sorte de devoir de service après-vente vis-à-vis de cet Etat-là, même si beaucoup de voisins de la région n'ont pas du tout envie de voir un Etat palestinien démocratique qui ferait tâche dans le paysage. Notamment la Syrie qui sponsorise le terrorisme, qui a empêché l'intervention par satellite d'Arafat au sommet de Beyrouth, qui a envahi le Liban...la Syrie qui a pourtant été reçue avec un tapis rouge à l'Elysée, quand dans le même temps, on refusait de recevoir le commandant Massoud. Pour ma part, je choisis les peuples contre les régimes despotiques. Je souhaite que Palestiniens et Israéliens puissent vivre en paix, chacun dans leurs frontières, mais des frontières qui doivent être ouvertes, pas un nouveau mur de Berlin qui aboutirait à une partition ethnique. C'est toujours possible, même s'il y a un vrai préalable après ce qui s'est passé le 11 septembre: arrêter le terrorisme et les terroristes."


Alain Madelin La Provence 9 avril 2002

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