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"Choisir
librement l'école de ses enfants"
Amina Kalima : Quelle est votre appréciation sur l'avenir de notre système de retraite et en quoi diffère-t-elle de celle de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin ? Alain Madelin : Je défends depuis longtemps l'idée que nous avons besoin d'un système de retraite par fonds de pension. J'en ai fait la proposition détaillée au milieu des années 1980.Si on avait suivi à l'époque cette proposition, il n'y aurait pas de problèmes de retraite aujourd'hui. Chaque famille française aurait un capital retraite d'environ 100 000 euros. Il faut faire des fonds de pension, pas une "épargne retraite": on imagine déjà une usine à gaz qui rendra le truc impossible avec des comités de surveillance, des syndicats, des trucs comme ça Un fonds de pension, c'est un avantage fiscal très simple, très léger. Je l'ai d'ailleurs fait pour les professions indépendantes. On a besoin de fonds de pension avec un mécanisme fiscal simple, non pas pour demain, mais pour après-demain, en 2040, car il faut du temps pour que ce soit efficace. En revanche, on a besoin tout de suite de faire face à un problème assez grave: le déficit qui arrive en 2010/2015.On peut le compenser par l'allongement de la durée de cotisations et une retraite à la carte, par un abondement au travers de recettes de privatisation et aussi par l'organisation d'un marché du travail des gens de plus 50 ans ou 55 ans qui se voient aujourd'hui poussés en dehors de l'entreprise. L'expérience est un formidable atout, il faut tirer parti de ce qu'on appelle les "quincadres" ou les seniors. Tout le reste est littérature. Un homme politique se doit de penser à long terme. Une petite fille sur deux qui naît aujourd'hui sera plus que centenaire. Amina Kalima : Je suis éducatrice et travaille avec des adolescents placés par la justice. Je constate chaque jour que les familles ne parviennent plus à transmettre les valeurs et comportements qui permettent la vie en société. Comment y remédier ? Alain Madelin : Responsabiliser les parents cela n'est pas facile parce qu'il y a de tout dans les parents. Il y a des familles immigrées où la fille pense en français et le père en arabe, le dialogue n'est pas simple, il y a des coupures culturelles. J'ai vu deux grands candidats à la présidence de la République expliquer qu'ils étaient contre la France des communautés. Je suis beaucoup plus prudent. Si la communauté c'est une communauté fermée, repliée sur elle-même, c'est un peu la prison. On décide du mariage de la fille, on s'applique un droit spécifique. Cette communauté-là, je n'en veux pas. Il existe d'autres communautés, berbère, sénégalaise, capverdienne, polonaise, juive Là, c'est une grande famille qui permet de cultiver des racines, qui favorise l'intégration. Elle offre la possibilité, quand des parents sont dépassés, d'être relayés par d'autres. Je n'ai pas cette attitude jacobine qui consiste à dire la France est menacée par un éclatement communautaire. Les communautés sont des foyers qui peuvent aider les parents à prendre des responsabilités. Dans ces communautés, il y a des parents qui sont formidables, qui s'intéressent aux études de leurs enfants, des mères blacks qui veulent que leurs enfants réussissent." Amina Kalima : Tout en défendant une école républicaine, vous souhaitez introduire la concurrence entre établissements. Comment un établissement soumis à la concurrence peut-il prendre en compte les élèves en difficultés ? Alain Madelin : A l'heure actuelle, chaque fois que vous demandez à des gamins délinquants "où étais-tu à l'école ?", ils répondent "au dernier rang". C'étaient déjà des relégués du système scolaire et ce n'est pas la responsabilité des enseignants. La réponse que j'apporte, c'est de dire que si je donne la liberté aux chefs d'établissement d'organiser autrement sa classe, de faire appel à des aides extérieures, je lui permets de s'intéresser justement aux élèves qui sont le plus en difficulté. Le vrai problème c'est que l'Education nationale ne permet pas cela. Certains connaissent les expériences menées, notamment en Seine-St-Denis avec des expériences comme l'"auto-école" de Marie-Noëlle Pierlé pour les enfants les plus en difficulté. Mais elle a baissé les bras devant les contraintes de l'Education nationale. Alors que des gamins m'ont dit qu'ils auraient mal tourné s'ils n'étaient pas passé par son établissement. Toujours
sur la Seine-Saint-Denis, on se retrouve dans des situations absurdes
où il y a des enseignants qui sont prêts à travailler
plus, notamment pour aider des élèves en difficulté,
sans être payés en heures sup' mais l'Education nationale
ne leur permet pas. Peut-être qu'ici dans une cité nord de
Marseille, c'est bon que les gamins puissent avoir école jusqu'à
19 heures le soir et ne soient pas lâchés à 16heures
dans une cité où ils vont passer sous la coupe d'un petit
caïd. Très grande liberté aux enseignants, très
grande confiance aux chefs d'établissement, Voilà mes propositions.Je
crois de plus en plus aux établissements autonomes. Dans les pays
autour de nous, Pays-Bas, Italie, Espagne, Angleterre, on a donné
le statut d'autonomie dans les zones où il y en a le plus besoin.
Parce qu'on sait que c'est par l'innovation, l'expérimentation
que l'on va être capable de faire en sorte que les gamins qui décrochent
aujourd'hui puissent raccrocher.
Alain Madelin La Provence 9 avril 2002
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