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"De
vrais gouvernements régionaux
Alain Madelin : Non. J'ai soutenu le processus de Matignon à un moment où il me paraissait aller dans le bon sens. Tout en faisant des critiques: c'est absurde de faire un statut pour la Corse seule car on donne le sentiment de récompenser le terrorisme. Autre erreur: parler de pouvoir législatif délégué. C'était donner le sentiment aux autonomistes corses que ceux-ci auraient les attributs de la souveraineté, que c'était le début de l'indépendance. En réalité, il ne s'agit pas de pouvoir législatif. Les grandes lois votées par le parlement doivent être valables d'un bout à l'autre du territoire. Mais ensuite, il faut que les partenaires sociaux ou les collectivités locales les adaptent. Donc ma proposition était de faire un statut de très large autonomie, de vrais gouvernements régionaux, pour l'ensemble des régions françaises. Et à l'intérieur de ce statut, les Corses se seraient fait un statut adapté au problème de l'insularité. Maintenant c'est fini. Je propose donc pour rattraper le temps perdu, dès l'été prochain, de mettre au point une grande réforme institutionnelle et constitutionnelle ayant pour effet de donner vie à de vrais gouvernements régionaux. De faire adopter cette réforme par référendum à l'automne et à partir de là, de laisser la Corse imaginer un nouveau statut. Il faut laisser vivre les collectivités territoriales. Si la Haute Normandie et la Basse Normandie décident de fusionner pour faire une seule Normandie, c'est leur affaire. Il faut aussi laisser, ici ou là, la possibilité de supprimer le département au profit de la région et des communautés de communes. Michel Durand : Vous prônez plus de pouvoirs aux collectivités locales. N'est-ce pas démanteler la République ? En faites-vous toujours une condition au report de vos voix au second tour ? Alain Madelin : "Je n'imagine pas que Jacques Chirac ne puisse pas inscrire son action dans le droit fil du discours du général De Gaulle à Quimper en 1969:(NDLR, il prend un ton gaullien) "Le moment est venu de redonner vie à nos vieilles provinces et de les laisser s'organiser elles-mêmes". On a perdu beaucoup de temps. Je crois que c'est une réforme moderne dont la France a impérativement besoin. Nous ne sommes pas tous pareils. On peut très bien avoir des racines occitanes, bretonnes, berbères, kabyles, juives ou polonaises, et être de bons Français. On peut faire une France forte sur des régions fortes. C'est la respiration nécessaire de la société française. Je veux vraiment non pas la France en gris, uniforme, jacobine, centralisatrice mais la France aux couleurs de son temps. La vie est colorée à l'image de la France. On ne peut pas couler tout le monde dans le même moule. "Il n'y a pas plus grande injustice", disait Aristote, "que de traiter également ce qui est inégal." Alain Madelin La Provence 9 avril 2002 |