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Afghanistan
: La France doit s'engager plus clairement
Il a fallu la tragédie du 11 septembre pour que le monde découvre enfin l'Afghanistan, la cruauté du régime des taliban, le sort qu'il réservait aux femmes et l'abri qu'offrait ce pays au terrorisme international. La réaction des Américains et l'appui international qu'ils ont reçu marque la fin d'un long aveuglement et d'une longue complaisance . Mais
sur le terrain, la libération de l'Afghanistan est avant tout l'uvre
des Afghans eux-mêmes au travers des forces du Front Uni de l'ex-commandant
Massoud, victime d'un attentat deux jours avant le 11 septembre. Ce sont
elles qui se sont emparées de Kaboul et ont assuré la déroute
des taliban. Ce faisant, elles nous ont épargné à la fois la vie des soldats que la France, comme d'autres pays, était prête à engager en Afghanistan, et les risques d'embrasement du monde musulman que comportait une intervention étrangère occidentale massive. Leur
victoire éclair a déjoué les pronostics de tous les
Cassandre qui se glosaient de l'inefficacité des bombardements
américains, prédisaient l'enlisement et annonçaient
déjà un nouveau Vietnam. C'était là surestimer
la force des taliban et sous-estimer, après l'avoir méconnue,
la force de la résistance afghane et l'énergie d'un peuple
qui se libère. A Kaboul j'ai retrouvé mes amis, le général Fahim, Ministre de la Défense, et le Ministre des Affaires étrangères, M. Abdullah Abdullah, plus que jamais fidèles à la mémoire du commandant Massoud. Celui-ci avait évoqué naguère devant moi dans la Vallée du Panshir, son espoir de pouvoir un jour libérer Kaboul et sa volonté d'y installer aussitôt une autorité provisoire élargie et représentative de l'ensemble de la diversité afghane. C'est l'enjeu des négociations aujourd'hui engagées entre toutes les parties afghanes. A Bonn aujourd'hui, à Kaboul demain. Massoud voulait aussi faire de l'Afghanistan un pays uni, pratiquant un Islam modéré, tolérant, respectueux des droits de l'homme et de la femme. Les Afghans ont besoin des Français pour reconstruire un pays martyrisé et détruit. Ils ont besoin de notre appui politique. Ils ont besoin de notre appui militaire sur des missions précises, comme par exemple la rénovation, la sécurisation ou le déminage d'un aéroport ; et Il est regrettable que l'on se soit précipité dans l'envoi des forces françaises au risque de les voir bloquées sans avoir mieux préparé et discuté de leur mission avec les nouvelles autorités de Kaboul. Les Afghans ont peut-être besoin avant tout de notre appui économique et humanitaire. Tout est à reconstruire. Ce sera une tâche de longue haleine. Et au-delà de ce soutien économique et humanitaire, la France est attendue pour s'impliquer dans des projets précis, comme la reconstruction d'un hôpital à Kaboul, la réouverture du lycée français de Kaboul, sans oublier -comme le Dr Abdullah Abdullah en a manifesté le souhait- cet autre lycée français, le lycée Malalaï, qui accueillait les jeunes Afghanes. Si nous avions le devoir de réagir sans faiblesse aux attentats du 11 septembre, la communauté internationale -et particulièrement la France- a aujourd'hui le devoir d'apporter un soutien sans faille à la reconstruction d'un nouvel Afghanistan. Alain
MADELIN
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