Command
Massoud
et Alain Madelin
dans la vallée du Panshir
en 1999
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Solidaires
pour combattre
le fascisme islamique |
Nous
avions un ennemi. Mais nous ne voulions ni le voir, ni le nommer.
Les images terribles de ce mardi 11 septembre qui ont touché
nos curs et marqué nos enfants pour longtemps viennent
de mettre fin à cet aveuglement. Les actes de guerre de
ce terrorisme de masse et la fureur barbare des commandos suicides
portent la marque d'une nouvelle folie des hommes : le "fascisme
islamique" qui défigure l'une des plus grandes religions
du monde. Trop longtemps nous avons cru que ce terrorisme international
était une affaire de police et de justice alors qu'il s'agissait
avant tout d'une question politique.
Toutes les politiques étrangères de défense
et de sécurité de l'ensemble du monde démocratique,
à commencer par la France, sont à reconstruire.
C'est d'ailleurs ce que nous aurions dû nous employer à
faire -je n'ai cessé de le répéter- depuis
la chute du mur de Berlin.
Il fallait mettre un terme aux liaisons dangereuses que nous avions
entretenues, hier, avec un certain nombre de dictatures pour faire
face à l'impérialisme soviétique, ennemi
principal oblige. Il fallait faire face à la nouvelle menace
que l'on voyait s'organiser avec ses foyers de terrorisme et de
haine, ses lieux d'endoctrinement, ses écoles de commandos
suicides, ses bases arrières. Nous connaissions les Etats
qui hébergeaient, alimentaient, utilisaient ou finançaient
ce terrorisme et ce nouveau fascisme.
Voici aujourd'hui l'Afghanistan des taliban qui abrite le quartier
général de Ben Laden montrée du doigt par
les responsables politiques du monde entier. Belle découverte
! Depuis longtemps tous savaient. Et l'oppression du peuple afghan
sous le régime criminel des taliban. Et la cruauté
du sort réservé aux femmes. Et le risque de contagion
intégriste de toute une région. Et l'installation
des camps d'entraînement du terrorisme international sur
un territoire transformé en place forte mondiale de la
production et du trafic de drogue.
Mais pas plus que nous n'avons voulu voir le Cambodge des Khmers
rouges, nous n'avons voulu voir en face l'Afghanistan des taliban.
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En 1980,
j'étais aux côtés de la résistance afghane lorsque celle-ci
s'organisait contre l'occupation soviétique. En 1999, j'étais
aux côtés du Commandant Massoud dans la vallée du Panshir pour
soutenir sa lutte contre le régime des taliban. J'ai tenté de
toutes mes forces de relayer en France et en Europe ses appels
à l'aide et de me faire l'écho de ses mises en garde face au
danger de ce nouveau terrorisme. Le Commandant Massoud vient
de mourir assassiné. Abandonné. Son combat pour libérer les
17 millions d'Afghans du joug de 40 000 taliban était le nôtre,
et nous aurions dû l'aider, fièrement, massivement.
Mais si Washington
condamnait Ben Aden c'était en ménageant le Pakistan,
principal soutien des taliban. Londres accueillait leurs foyers
de propagande. Paris se réjouissait de voir le Pakistan
devenu le deuxième client de nos ventes d'armes. Le Quai
d'Orsay recevait le vice-ministre taliban des affaires étrangères
! Et les portes de l'Elysée sont restées closes
en avril dernier, lorsque j'ai demandé au Président
de la République de recevoir le Commandant Massoud venu
en France nous alerter et chercher notre soutien.
Ce mardi 11 septembre est venu nous rappeler notre inconscience,
notre complaisance, nos atermoiements, notre mollesse, et nous
dire qu'il n'est que temps de réagir enfin. Avant qu'il
ne soit trop tard, car il est impossible d'exclure aujourd'hui
que des armes bactériologiques, chimiques ou nucléaires
puissent enrichir, demain, l'arsenal de ce nouveau terrorisme.
Réagir enfin.
Ce n'est pas le peuple américain qui était visé
mais le symbole de liberté et de démocratie que
représente l'Amérique et que les terroristes ont
voulu frapper le plus cruellement possible. Ils ne se sont pas
attaqués à l'Amérique pour ce qu'elle a
fait ou ce qu'elle n'a pas fait, mais pour ce qu'elle est.
Qu'on ne dise pas que l'enlisement des négociations de
paix entre Israéliens et Palestiniens explique de tels
crimes. Les actes de terrorisme que ce fascisme islamique mène
depuis longtemps au Proche-Orient ne visent pas à obtenir
la paix mais à empêcher celle-ci, à nourrir
le ressentiment du monde arabe et aboutir à la disparition
pure et simple de l'Etat d'Israël.
Mais, au-delà de l'Amérique et d'Israël,
ce que ce fascisme islamique ne tolère pas, ce qu'il
veut détruire, c'est l'image de modernité, d'ouverture,
de tolérance, de protection des droits humains fondamentaux,
et de dignité de la femme que portent nos sociétés
démocratiques.
Cette image-là est une menace pour leur pouvoir religieux
ou politique. Il ne faut pas s'y tromper, tous ces appels à
la guerre sainte ne servent qu'à justifier ou à
prolonger des pouvoirs illégitimes, et despotiques, à
opprimer les peuples et à les maintenir dans l'ignorance
et dans la misère. On ne choisit pas ses ennemis : ce
sont eux qui nous choisissent.
Ne pas se tromper d'adversaire.
Dans notre riposte nous ne devons pas nous tromper d'adversaire.
Ce n'est pas une guerre de civilisations comme l'évoquent
un peu trop facilement certains commentateurs. Ce n'est pas
davantage un combat du Nord contre le Sud, des pays riches contre
les pays pauvres. Ce n'est pas une révolte de l'islam
contre le reste du monde ni une guerre de religions. C'est une
guerre menée au sein de l'islam par une minorité
d'intégristes fanatiques qui cherchent par un discours
de haine et par la manipulation des symboles à entraîner
les masses arabes.
S'il faut dire très haut et très fermement "non
à l'amalgame" de ce nouveau fascisme avec l'islam,
il appartient au monde musulman politique et religieux de le
dire encore plus haut et encore plus fermement.
Ce fascisme islamique peut détruire, mais il est incapable
de construire. Il est dores et déjà condamné.
Au 20ème siècle nous sommes venus à bout
de deux totalitarismes bien plus puissants, le nazisme et le
communisme, et bien évidemment, le monde d'ouverture
et de liberté qui se bâtit aujourd'hui aura raison
de ce nouveau fascisme. Plus ou moins vite, plus ou moins douloureusement
selon les choix politiques que nous ferons.
Deux impératifs.
Ce mardi 11 septembre bouleverse toute la donne internationale.
Une révision de nos choix politiques s'impose, autour
de deux impératifs.
Premier
impératif : une solidarité sans faille avec les
Américains.
Ce grand peuple s'est battu pour notre liberté, son épreuve
est la nôtre. Menacés en commun, nous n'avons pas
à marchander notre soutien à une riposte qui ne
peut être que commune. Oui, il faut éliminer Ben
Aden, détruire les bases arrières du terrorisme
en Afghanistan. Il ne s'agit pas d'envahir l'Afghanistan contre
le peuple afghan, comme certains le disent, mais de libérer
ce peuple du régime taliban qui l'opprime. Bien entendu
une telle opération se doit d'éviter l'embrasement
du Pakistan, la république islamique voisine qui dispose
de l'arme nucléaire, car il ne servirait à rien
de déloger les taliban à Kaboul pour les installer
à Islamabad.
Ne nous berçons pas cependant d'illusions : si le fascisme
islamique est d'avance condamné par l'histoire, il ne
sera pas pour autant facile à éliminer. Personne
ne peut dire aujourd'hui si la riposte internationale sera efficace
et rapide ou si elle mènera à de nouvelles vagues
d'attentats. Personne ne sait le temps qu'il faudra pour démanteler
tous les foyers de haine et de terrorisme, neutraliser tous
les agents dormants de ce nouveau fascisme.
C'est pourquoi à la facile solidarité des mots
dans l'émotion il va falloir ajouter la totale solidarité
politique dans l'action.
Il ne faut pas que la solidarité de la France soit demain
remise en cause par un retour de cet anti-américanisme
primaire qui a tant servi hier à aveugler l'opinion sur
la nature des régimes communistes. Il ne faut pas non
plus que la nécessaire riposte internationale soit affaiblie
par un retour à ces habiletés coutumières
de notre diplomatie qui de l'Irak à la Syrie, nous ont
conduits à une longue tradition de complaisance avec
des régimes oppresseurs de leurs peuples.
Se tromper d'adversaire, continuer d'alimenter l'anti-américanisme
ou manquer de solidarité dans la riposte serait faire
le jeu du fascisme islamique.
Deuxième
impératif : une révision complète de nos
politiques étrangères, de sécurité
et de défense.
Si la France doit faire preuve d'une solidarité sans faille,
elle doit aussi, avec l'Europe, se porter au premier rang de la
construction d'un nouvel ordre international civilisé et
équilibré.
C'est ce que nous aurions dû déjà faire depuis
longtemps. C'est l'exigence de l'après 11 septembre.
Cet ordre international ne peut se construire que sur la base
d'une nouvelle alliance des nations démocratiques, unissant
les vieilles nations démocratiques occidentales aux nouvelles
démocraties du Sud et de l'Est. C'est sur cette base qu'il
faut repenser toutes les structures internationales héritées
de la guerre froide, en donnant à la nouvelle Russie démocratique
toute sa part dans la construction de ce nouvel ordre international
et dans la mise en place d'une sécurité commune.
Il va nous falloir réévaluer les menaces, repenser
notre politique étrangère, revoir nos concepts de
sécurité et de défense en internationalisant
le renseignement et en rapprochant la sécurité intérieure
de la sécurité extérieure. La France doit
se donner les moyens de démanteler sur son territoire les
relais de cet islamisme fanatique.
Cette nouvelle alliance des nations démocratiques devra
aussi décider d'une protection commune au moyen d'un bouclier
antimissiles, si le projet porté par les Américains
paraît possible à mettre en uvre, car personne
ne peut aujourd'hui exclure la perspective de menaces de fusées
nucléaires ou bactériologiques aux mains d'Etats
terroristes.
Dans ce nouvel ordre international nous devrons appliquer ce que
j'ai appelé le principe de "préférence
démocratique". Les démocraties doivent cesser,
et ceci est tout particulièrement vrai pour la France,
de soutenir, de consolider ou de faire ami-ami avec des régimes
qui méprisent les droits humains élémentaires.
Ce serait assurément une faute grave aujourd'hui que de
ne pas ouvrir la perspective de mettre les politiques étrangères
de nos démocraties en conformité avec les valeurs
que nous allons défendre en commun dans notre riposte à
la tragédie du 11 septembre. Quelle serait la légitimité
de cette riposte d'aujourd'hui si nous devions oublier demain
ces mêmes valeurs pour d'autres peuples ou d'autres victimes
?
nous ne pourrons plus rester indifférents et immobiles
face aux autres tragédies qui, de l'Algérie au Soudan
-loin des télés, loin du cur-, accumulent
des dizaines ou des centaines de milliers de victimes.
Notre solidarité dans la riposte n'a de sens qu'à
la condition de ne pas apparaître comme la seule vengeance
d'un crime odieux perpétré sur le sacro-saint sol
américain, mais comme l'affirmation d'une volonté
forte de défendre en commun dans le monde les valeurs universelles
que constitue le respect des droits fondamentaux de la personne
humaine. C'est ce message qui est capable de parler aux peuples,
de leur offrir un chemin et un espoir pour les sortir de la misère
et de l'oppression.
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Alain
Madelin Le Figaro 19 septembre 2001
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