"Il
est anormal que l'argent de la sécurité sociale
serve à payer le temps libre d'une partie des Français !"
BFM:
Alain Madelin,
bonsoir. Merci d'être l'invité de Politiquement direct, réalisé
au Press Club de France. Vous parcourez actuellement le pays dans
le cadre de votre campagne présidentielle, les régions, les banlieues
aussi. Nous reviendrons sur ce contexte. Nous évoquerons aussi
les comptes de la sécurité sociale qui viennent d'être présentés,
la préparation du prochain budget, et puis les récents aveux de
Lionel Jospin sur le trotskisme. Tout d'abord les élections en
Grande Bretagne.
BFM:
Est-ce que
la victoire annoncée de Tony Blair vous paraît être celle de la
sociale-démocratie ou celle du libéralisme ?
Alain
Madelin
: Je
crois qu'il est très clair qu'en Grande Bretagne, Tony Blair a
choisi une orientation libérale, mais pour ne faire de peine à
personne, je dirais que c'est une orientation moderne. C'est l'orientation
que l'on voit : celle les travaillistes en Grande Bretagne, celle
de la coalition autour des libéraux belges en Belgique, celle
de Gerhardt Schröder, celle récemment de Berlusconi en Italie,
après Aznar en Espagne. Et ce qui frappe c'est que partout autour
de nous, on n'hésite pas à entreprendre les grandes réformes nécessaires
pour entrer gagnant dans le 21ème siècle, et que la France reste
spectatrice au bord du chemin.
BFM:
Alors si je
comprends bien, vous auriez, citoyen de sa Gracieuse Majesté,
vous auriez voté Blair sans état d'âme, Alain Madelin ?
AM
: Comme
j'aurais sans doute voté Berlusconi en Italie. Encore que
j'avais fait remarquer lors de l'élection de Berlusconi, à quel
point le gouvernement qui l'avait précédé, le gouvernement de
coalition de gauche dirigé par M. d'Alema, ex-communiste, était
déjà un gouvernement réformateur : réforme du statut de la fonction
publique pour un statut de droit privé, autonomie des établissements
scolaires, réduction du nombre des ministres à 12, réduction d'un
poids de prélèvement obligatoire chaque année, 300.000 fonctionnaires
en moins, limitation du droit de grève, et je pourrais continuer
longtemps...
BFM:
Ca vous fait
rêver ?
AM
: Mais
c'est ça le nouveau monde. Le nouveau monde a besoin que l'on
fasse un peu plus confiance à la liberté, à la responsabilité
et qu'on réduise le rôle de l'Etat, encore que sur ce point, quand
je dis " réduire le rôle de l'Etat ", c'est pour lui permettre
d'assurer franchement, clairement ses vrais missions qui sont,
par exemple, d'abord, la sécurité et la justice.
BFM:
vous seriez
le Tony Blair français donc ?
AM
: je
pense, dans cette campagne présidentielle qui s'annonce, porter
les 4 grandes réformes nécessaires à un pays moderne : la réforme
de l'éducation, la réforme du pouvoir régional, la réforme de
l'Etat et bien sûr la réforme fiscale pour la croissance et le
plein emploi. Parce que ces réformes, je les porte depuis toujours,
je les porte depuis longtemps, parce que je pense être crédible
sur ce point. Et puis aussi il suffira de comparer parce que vraisemblablement
je serai le seul à les porter dans le débat. Et je ferai remarquer
que partout où ces réformes sont présentées clairement aux électeurs
autour de nous, elles sont choisies. Donc je ne vais pas dans
cette campagne présidentielle pour figurer, pour témoigner, mais
avec l'ambition de pouvoir mobiliser une majorité de Français
autour de ces réformes nécessaires.
BFM:
alors aujourd'hui
les comptes de la sécurité sociale, pour l'an dernier et cette
année, sont positifs : 13 milliards en 2 ans. Est-ce que vous
reconnaissez que le gouvernement a réussi là où beaucoup d'autres,
même à droite, ont échoué ?
AM
: Non,
parce qu'il faut détailler tout cela. Je pense qu'en réalité cet
excédent conjoncturel masque l'endettement de la sécurité sociale.
Vous avez oublié le RDS. Nous avons un endettement invraisemblable
de la sécurité sociale. En réalité cet excédent, c'est un excédent
bidon parce qu'il y a une dette qui pèse sur les Français pour
rembourser les déficits passés de la sécurité sociale. Au surplus...
BFM:
Donc quand
Mme Guigou dit : c'est un fait historique, trois exercices consécutifs
sont en progression. Est-ce qu'elle fait ? Elle ment ?
AM
: S'agissant
de l'assurance maladie, nous continuons la fuite en avant. Et
le choix de l'étatisation engagée par Alain Juppé, consolidée
par Martine Aubry est un mauvais choix. Vous parliez de Tony Blair.
C'était le choix de la médecine anglaise. La médecine anglaise
est en train de faire, heureusement, avec Tony Blair, aujourd'hui,
un tout autre choix. Ca ne pouvait pas marcher, ça ne marchera
pas. Je l'ai dit depuis longtemps. Je crois que tous les médecins
qui nous écoutent sont sûrement convaincus de ce que je dis parce
qu'ils l'observent tous les jours. Alors, simplement, s'agissant
de cet argent provisoirement excédentaire de la sécurité sociale,
il est invraisemblable pour ce gouvernement de voler l'argent
de la santé des Français pour payer le temps libre d'une petite
partie des Français.
BFM:
Attendez, est-ce
qu'il est anormal que la sécu finance donc en partie les 35 heures,
c'est cela dont vous parlez, alors qu'elle a largement profité
du regain de l'emploi ?
AM
: Mais
oui...
BFM:
... engendré
aussi par les 35 heures...
AM
: Il
est anormal que l'argent de la sécurité sociale et particulièrement
l'argent de la santé servent à financer le temps libre d'une partie
des Français. Tous les partenaires sociaux disent cela et ce qui
est en jeu c'est l'avenir du paritarisme. A la place des partenaires
sociaux, si le gouvernement passait à l'acte sur le hold-up de
l'argent de la sécurité sociale des Français, je en resterais
pas. Le gouvernement est en train de prendre la responsabilité
de la nationalisation définitive de la sécurité sociale. Eh bien,
très bien, nous en discuterons dans le débat des élections présidentielles.
Les socialistes auront fait un choix : la nationalisation de la
sécurité sociale. Et moi je serai clairement, dans ce débat, celui
qui proposera une politique audacieuse de refondation sociale.
BFM:
donc pour vous,
c'est la fin... S'il y a ponction pour les 35 heures, c'est la
fin de la gestion paritaire du système social français ?
AM
: C'est
la fin, car c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
BFM:
Et si la droite
revient au pouvoir en 2002, est-ce que vous seriez favorable à
un gel, voire à une suppression des 35 heures telles qu'elles
existent aujourd'hui ?
AM
: je
trouve que ce texte est un texte absurde. Vouloir appliquer à
des caissières de supermarché ou à des jeunes cadres d'une start-up
de la nouvelle économie la même durée du travail, c'est idiot.
BFM:
donc c'est
ce que dit la droite depuis 3 ans. Mais elle n'ose pas dire que
si elle revient au pouvoir elle va renoncer à cela.
AM
: Sur
le fond, la seule cause qui mérite que l'on se batte pour elle,
c'est la cause de la liberté du travail. Si je veux travailler
20 heures, je travaille 20 heures. Si je veux travailler 35 heures,
je travaille 35 heures. Si je veux travailler 45 heures, je travaille
45 heures. Si je veux travailler autrement...
BFM:
donc on revient
sur le texte...
AM
: Si
je veux travailler autrement, si je veux travailler le dimanche...
Je suis partisan d'inscrire dans la loi la liberté du travail.
Cela étant, une fois que l'on aura fait cela, il restera des accords
sur les 35 heures, et libre ensuite aux partenaires sociaux de
les moduler au coup par coup. En tout état de cause, je suis sûr
d'une chose, c'est que je veux -on ne peut pas le faire d'un coup
hélas- progressivement supprimer les subventions aux entreprises
pour financer les 35 heures : 120 milliards, deux fois le total
du budget de la sécurité et de la justice pour financer les 35
heures, c'est absurde.
BFM:
Alain Madelin,
est-ce que vous soutenez Laurent Fabius quand il décide de garder
le cap pour le budget 2002, qu'il refuse, c'est son terme, toute
surenchère préélectorale.
AM
: Non,
je ne soutiens pas Laurent Fabius parce que je ne soutiens pas
la politique économique de Laurent Fabius, ni son ridicule et
modeste plan de baisse des impôts.
BFM:
Pourtant il
a une démarche qui pourrait sembler justement....
AM
: Que
maintenant il essaie face à des partenaires de gouvernement qui
jouent un peu les cigales de faire jouer son côté fourmi, c'est
son affaire. Mais je suis sûr d'une chose c'est que nous avions
une croissance, que nous n'avons pas desserré tous les freins
pour nous permettre de continuer cette croissance, au contraire,
et que nous avons gâché les fruits de cette croissance. Et ceci,
M. Fabius en porte la responsabilité.
BFM:
et vous ne
lui reconnaissez aucun effort justement d'essayer, de votre point
de vue, de limiter les dégâts.
AM
: Ecoutez,
limiter les dégâts, je ne sais pas si M. Fabius a agi comme garde-fou
d'un gouvernement socialiste saisi par une folie dépensière. Je
suis sûr d'une chose c'est que globalement le gouvernement dont
M. Fabius fait partie ne fait pas la bonne politique et les réformes
nécessaires. On a parlé de la Grande Bretagne. On a parlé de l'Allemagne.
On a parlé de l'Italie. On pourrait parler d'autres pays qui nous
entourent. Regardez l'audace des réformes fiscales. Regardez la
réforme de l'Etat dans tous ces pays pour faire baisser la dépense
publique, car on ne peut, bien évidemment, faire de réformes fiscales
qu'en s'attaquant à la dépense publique. Et regardez l'incapacité
française à réformer ne serait-ce que le seul ministère des Finances.
BFM:
La gauche a
de bons résultats économiques depuis 4 ans...
AM
: Pardon,
l'économie française a de bons résultats économiques.
BFM:
Ce n'est pas
la gauche ? ce n'est pas Lionel Jospin ?
AM
: Non.
Ce sont les entreprises qui font la croissance et qui font les
emplois. Alors on peut plus ou moins mettre le pied sur l'accélérateur,
ou plus ou moins mettre le pied sur le frein. Et ce que je souhaite,
bien évidemment pour moi, c'est dans la politique économique que
je proposerai pour les prochaines années, c'est qu'on mette le
pied sur l'accélérateur. Parce qu'il n'y a pas de solutions solides
au problème de la France si l'on ne va pas rechercher une forte
croissance, une croissance supérieure à 4%. D'autres pays la connaissent.
Elle est à notre portée. Nous l'avons connue aujourd'hui.
BFM:
même aujourd'hui
?
AM
: Oui,
bien sûr.
BFM:
Ca ralentit
aux Etats-Unis. Ca ralentit en Europe.
AM
: Même
aujourd'hui. Je me souviens il y a quelques années, lorsque je
parlais du retour du plein emploi. Beaucoup de journalistes me
disaient : est-ce que vous êtes sérieux en disant cela ? Eh oui,
j'étais sérieux. Et aujourd'hui on voit bien qu'il y a une perspective
de retour au plein emploi. De la même façon lorsque je dis que
l'on peut accrocher des chiffres de croissance supérieurs à 4%,
franchement je pense que c'est une réalité. Il y a bien évidemment
des conditions politiques de réformes nécessaires pour pouvoir
accrocher cette croissance forte. La nouvelle économie est une
formidable chance.
BFM:
c'est fini
la nouvelle économie, non ?
AM
: Mais
non, elle est toujours à uvre. Vous avez une économie formidable
tirée, malgré tout, par le moteur des nouvelles technologies,
même si, ici ou là, vous avez quelques variations, le Nasdaq ou
ailleurs, c'est relativement secondaire.
BFM:
c'est le passionné
d'internet qui parle.
AM
: je
crois être quelqu'un qui connaît un peu l'économie, qui
voit ce qui est en train de se passer, la mondialisation des marchés
financiers, la mondialisation des échanges et les nouvelles technologies.
Tout ceci fait un contexte qui nous permet d'espérer, à nous,
les nations développées, 30 nouvelles
glorieuses, 30 nouvelles années glorieuses, une très forte croissance
et le retour du plein emploi, à condition de mettre le pied sur
l'accélérateur des réformes et à desserrer le frein.
BFM:
alors, on change
complètement de sujet. On passe en politique. Vous qui dans votre
jeunesse avez commencé à l'extrême droite, est-ce que vous avez
eu de la sympathie pour Lionel Jospin lorsqu'il a reconnu son
passé trotskiste ?
AM
: D'abord,
premièrement, j'assume et je n'ai jamais dit que c'était mon petit
frère ou mon grand frère qu'on avait confondu. Donc j'assume un
engagement qui est un engagement qui avait des raisons, c'était
essentiellement l'anticommunisme. On peut discuter de beaucoup
de choses, mais c'était essentiellement l'anticommunisme. A l'époque
c'était le totalitarisme de ma génération. M. Lionel Jospin a
eu un autre engagement. Je comprends toujours les passions de
jeunesse. Je ne comprends pas qu'on ait été trotskiste, parce
que trotskiste à l'époque c'était quand même un ultra-communisme.
Au regard de l'histoire, je ne sais pas le bilan que tirera l'histoire
du trotskisme. Mais peu importe...
BFM:
c'est une affaire
de génération...
AM
:
je ne peux
pas reprocher à un jeune de 20 ans, quel qu'il soit, ou de 16
ans, d'avoir parfois un sentiment d'injustice et d'épouser une
cause, c'est plutôt bien. Le problème c'est de ne pas rester trop
longtemps. Le problème ce n'est peut-être pas d'avoir été trotskiste,
mais trotskiste attardé.
BFM:
Selon vous,
c'est un aveu qui a été orchestré par Matignon pour éviter des
problèmes dans l'année qui vient ?
AM
: Ecoutez,
je n'en sais rien. Alors là, franchement, vous me posez des questions.
Je n'en sais rien. J'ai vu quelque part que c'était une torpille
de l'Elysée. Non. Que c'était une manuvre de Matignon...
Ecoutez, si c'est comme cela qu'on commence la campagne présidentielle,
bonjour les dégâts.
BFM:
Quand trotskiste
attardé, vous pensez qu'il reste des traces dans sa politique
ou dans son attitude aujourd'hui ?
AM
: Ecoutez,
quand vous dites : la formation intellectuelle dont je me réclame
c'est la formation de mes maîtres de l'époque. Bon... Lionel Jospin
lorsqu'il était au PS, sa première uvre a été la publication
d'un petit livre de lecture conseillée : Marx, Engels, Castro,
etc. Moi je proposais plutôt Tocqueville et Raymond Aaron.
BFM:
L'extrême droite
n'était pas Tocqueville... Vous avez évolué depuis.
AM
: Non,
mon anticommunisme était peut être extrémiste si vous voulez,
mais ma formation intellectuelle est une formation intellectuelle
libérale. C'est ceux-là les maîtres dont je me réclame.
Donc chacun choisit ses maîtres. Encore une fois, peu importe
et je trouve que tout ceci est beaucoup de péripéties pour nous
empêcher peut-être de parler de l'essentiel.
BFM:
C'est-à-dire
que, par exemple, lorsque Lionel Jospin invite chacun à dire sa
vérité, il vise Jacques Chirac vis-à-vis des affaires du RPR.
Vous trouvez que ce n'est pas au niveau de ce qui se prépare ?
AM
: Ecoutez,
si la campagne Chirac-Jospin se passe comme cela, je suis heureux
d'être dans la campagne pour parler d'autre chose.
BFM:
quand vous
êtes dans la campagne, vous êtes un candidat pro ou anti-Chirac
?
AM
: Ni
l'un, ni l'autre, à côté. Je suis le candidat pour un certain
nombre de réformes que je porte, pour lesquelles d'ailleurs j'ai
espéré en Jacques Chirac en 1995, et que je continue de porter.
Et puis, bien évidemment, si je devais être élu président de la
République, il faudrait que je m'appuie sur une majorité. Il y
aura des élections législatives et je souhaite bien évidemment
pouvoir travailler demain avec le RPR, avec l'UDF. Et c'est la
raison pour laquelle vous ne m'entendrez pas dire du mal de mes
partenaires futurs.
BFM:
quand vous
dites cela, vous pensez à 2002 ou à 2007 : si je suis élus président
de la République ? Là, vous faites peut-être un tour de chauffe,
comme Bayrou, comme d'autres à gauche.
AM
: Non.
Ecoutez je ne veux pas avoir l'air fanfaron. Je ne le suis pas.
Je n'ai pas la grosse tête, etc. Mais je pense qu'il y a potentiellement
une majorité de Français pour rejoindre les réformes que je propose.
Je pense que de par mon parcours, je ressens aujourd'hui la France
dans sa diversité, dans sa pluralité et que je suis capable d'exprimer
toutes les sensibilités.
BFM:
Mais si vous
n'êtes pas au 2ème tour, votre engagement aux côtés de Jacques
Chirac sera plein et entier ? Ou vous hésiterez compte-tenu de
ce qui vous sépare, de votre déception ?
AM
: J'ai
déjà répondu à cette question.
BFM:
elle vous embarrasse.
AM
: Non,
pas du tout. Mais je ne suis pas propriétaire des voix qui se
seraient portées sur moi, et en plus, je préfère envisager une
hypothèse où je serais en tête. Mais dans l'hypothèse où je ne
serais pas en tête puisque c'est celle que vous faites, je ne
suis pas propriétaire de ces voix et elles devront se mériter.
BFM:
Vous êtes nombreux
à droite, au 1er tour. Est-ce que vous pensez de l'attitude de
Français Bayrou qui, ici où là, peut donner l'impression d'aider
Lionel Jospin en inversant le calendrier, en s'en prenant à Jacques
Chirac ?
AM
: je
n'en dirai rien. Je vous répète que j'essaie de me mettre, et
c'est plutôt bien, dans l'idée que je pourrais avoir à exercer
la fonction présidentielle. Si j'avais à exercer demain la fonction
présidentielle, il faudrait bien que je mène ma politique avec
une majorité dans laquelle il y aurait François Bayrou et ses
amis, dans laquelle il y aurait le RPR, il y aurait Nicolas Sarkozy,
il y en aurait d'autres. Et donc ne me demandez pas de lancer
des petites piques à mes partenaires de demain.
BFM:
Tout le monde
fait la fête aujourd'hui pour l'inauguration du TGV Méditerranée.
Je voudrais quand même savoir si ce TGV, dont tout le monde se
félicite effectivement, aurait pu exister dans un pays avec une
politique libérale. Il a fallu un très fort soutien de l'Etat,
un investissement public, 25 milliards de francs pour 250 km de
lignes nouvelles. Dans une France madelinisée est-ce qu'il y aurait
eu un TGV ?
AM
: Bien
sûr. Je ne vois pas pourquoi des investissements colossaux ne
pourraient pas se financer sur le marché. Mais la question est
un peu ailleurs.
BFM:
on voit qu'il
ne marche pas à l'étranger.
AM
:
attendez, la
date est une autre question. Mais la question qui se pose est
de savoir si l'économie libre et des marchés financiers bien alimentés
peuvent financer de gros projets. A mes yeux, la réponse est oui,
ils le montrent partout dans le monde. Et je crois qu'aujourd'hui
la question qui se pose est celle, nécessairement, de l'ouverture
de la SNCF à la concurrence, et je l'espère, d'un espoir de rentabilité.
Je donne juste un chiffre. L'argent que l'on consacre chaque année
à la SNCF c'est à peu près 60 milliards dans le budget. Plus que
le total du budget de la police et de la justice. Alors si le
TGV marche, la société ne tourne pas rond.
BFM:
on privatise
la SNCF ?
AM
: Les
Allemands, comme vous le savez, se sont engagés dans un processus
de privatisation et apparemment dans le calme.
BFM:
Merci, Alain
Madelin.
Alain
Madelin invité de politiquement direct sur BFM, Jeudi 7 juin 2001