"Deux cents jours pour faire bouger la France"


Si vous êtes élu, quelle sera votre première décision ?

Au lendemain de l'élection présidentielle, et sur la base du rassemblement le plus large et le plus ouvert possible qui nous aura permis de l'emporter, il faudra nommer un gouvernement représentatif de ce rassemblement, pour préparer et gagner les élections législatives. Dans le même temps, je proposerai à nos partenaires européens d'engager un nouveau pacte européen pour la croissance et l'emploi, fondé sur des réformes structurelles, des baisses d'impôts, l'ouverture des marchés protégés à la concurrence, une plus grande flexibilité du marché du travail et une plus grande part au dialogue social. Je suis persuadé que nous pourrons conclure un tel pacte les 21 et 22 juin prochains, lors du sommet de Séville.

Et après les législatives, que ferez-vous dans les cent premiers jours ?

Je m'engage en fait sur un calendrier précis de deux cents jours pour faire bouger la France : cent jours d'action pour le gouvernement et cent jours d'action pour le Parlement. Lors d'une session parlementaire extraordinaire, nous adopterons un collectif budgétaire et une loi d'habilitation pour entreprendre un certain nombre de réformes par ordonnances durant l'été.

Une grande réforme institutionnelle et constitutionnelle sera mise en chantier dès l'été et soumise à référendum à l'automne. Cette réforme visera notamment à inscrire le principe de subsidiarité dans la Constitution et à donner des pouvoirs et des moyens nouveaux aux régions, permettre une plus libre organisation des collectivités locales entre elles. Il s'agit en fait de renforcer les dispositions de l'article 34 de la Constitution qui stipule que la loi doit seulement " fixer les règles " ou " déterminer les principes fondamentaux ". Cela permettra d'ouvrir un espace normatif aux régions et un espace contractuel aux partenaires sociaux. Cette réforme élargira aussi le champ du référendum et permettra la saisine directe du Conseil constitutionnel.

J'inviterai les partenaires sociaux à mettre en place un dispositif permettant l'accès d'un emploi à chaque jeune dans le cadre de contrat formation-emploi, à s'impliquer plus fortement dans la formation professionnelle et à offrir un crédit de formation deuxième chance, à développer des mécanismes de promotion sociale dans l'entreprise, et enfin à mieux intégrer le travail des seniors dans l'entreprise et à organiser un marché du travail spécifique. En contrepartie, l'Etat s'engagera à accompagner les propositions des partenaires sociaux en remettant à plat les structures et les financements de l'emploi et de la formation.

Cela fait déjà un été bien rempli...

Mais ça n'est pas tout. L'été sera mis également à profit pour engager une première étape de la réforme de l'Etat par le réexamen systématique de ses missions, l'engagement de contrats de modernisation en favorisant, chaque fois que nécessaire, la création d'agences contractuelles ou la délégation de gestion. C'est pendant l'été enfin que se mettra en place le statut d'autonomie des établissements scolaires, pour ceux qui le souhaitent.

Quand mettrez-vous en oeuvre les mesures que vous venez de présenter sur la fiscalité ou le logement ?

C'est l'objet des cent jours d'action avec le Parlement.

Le projet de budget 2003, présenté le 10 septembre 2002, marquera ainsi l'engagement de la refondation fiscale et sociale dont je vous ai donné les grandes lignes. Le gouvernement soumettra ensuite au Parlement plusieurs textes majeurs : le projet de loi-cadre sur la réforme des retraites ; un projet de loi permettant de mettre en oeuvre un programme choc pour la création d'entreprises, la pluriactivité, le travail occasionnel, et des mesures fortes pour le développement des petites et très petites entreprises ; un projet de loi sur la liberté du travail ; un projet de loi sur la réforme de l'assurance maladie ; une loi cadre sur la continuité des services publics essentiels.

Pour renforcer la société civile, nous présenterons également un projet de loi pour les associations et les fondations, en élargissant la notion d'utilité publique et les exonérations fiscales dont elles peuvent bénéficier ; et en développant les moyens de recours, des contre-pouvoirs des consommateurs, des usagers, des citoyens et des défenseurs de l'environnement. Enfin, conformément à ce que je vous ai dit sur le logement, un projet de loi favorisera l'accession à la propriété pour tous les Français.

Interview Alain Madelin Le Figaro 11 février 2002

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