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Alain MADELIN
Monsieur le Premier ministre, Je vous écris cette lettre depuis le camp de Harkis de Fuveau où 32 familles de ceux que l'on appelle pudiquement " Français-musulmans " survivent dans des maisons humides, à l'écart du village, en retrait de la route, sur le chemin de l'oubli. Le camp de Fuveau est un de ces nombreux camps ouverts par le gouvernement à la fin de la guerre d'Algérie pour y parquer, dans des conditions souvent indignes, les " Français de souche nord-africaine " engagés aux côtés des unités régulières de l'Armée française. Sur 200 000 hommes, seulement 40 000 d'entre-eux purent rentrer en France avec leurs familles. Les autres furent abandonnés. Sur ordre. Par l'Etat français. Une directive du Ministre d'Etat aux Affaires algériennes exigeait en 1962 : " ( ) au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l'armée que dans l'administration les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général seront renvoyés en Algérie. " Des dizaines de milliers d'Algériens qui avaient fait confiance à la France furent torturés, emprisonnés, massacrés. Quelle serait aujourd'hui la réaction du monde libre si l'armée française ou toute autre armée recevait l'ordre d'un tel abandon conduisant à une telle tragédie ? A l'heure où l'Histoire impose un retour vers ces années tragiques, vous avez pris, Monsieur le Premier Ministre, la juste décision d'ouvrir aux historiens les archives sur la guerre d'Algérie ; il faut, en effet, établir toute la vérité, regarder l'histoire en face et reconnaître la responsabilité de l'Etat français dans cet abandon criminel. Il vous appartient aujourd'hui, au nom du gouvernement, d'aller plus loin, et de permettre à toute commission qui pourrait se constituer d'enquêter sur la responsabilité des autorités françaises dans les événements tragiques qui ont suivi le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, à l'assurance de ma haute considération. Alain MADELIN Monsieur Lionel JOSPIN |