Alain MADELIN

Fuveau, le 30 novembre 2000

Monsieur le Président de la République,

Je vous écris cette lettre depuis le camp de Harkis de Fuveau où 32 familles de ceux que l'on appelle pudiquement " Français-musulmans " survivent dans des maisons humides, à l'écart du village, en retrait de la route, sur le chemin de l'oubli.

Le camp de Fuveau est un de ces nombreux camps ouverts par le gouvernement à la fin de la guerre d'Algérie pour y parquer dans des conditions souvent indignes, les " Français de Souche nord-africaine " engagés aux côtés des unités régulières de l'armée française.

Sur 200 000 hommes, seulement 40 000 d'entre-eux purent rentrer en France avec leur famille. Les autres furent abandonnés. Sur ordre. Par l'Etat français.

Une directive du Ministre d'Etat aux Affaires algériennes exigeait en 1962 : " (…) au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l'armée que dans l'administration les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général seront renvoyés en Algérie. "

Des dizaines de milliers d'Algériens qui avaient fait confiance à la France furent torturés, emprisonnés, massacrés.

Quelle serait aujourd'hui la réaction du monde libre si l'armée française ou toute autre armée recevait l'ordre d'un tel abandon conduisant à une telle tragédie ?

Vous avez eu, Monsieur le Président de la République, le courage de reconnaître la responsabilité de l'Etat français dans la rafle du Vel' d'hiv' et je vous en ai félicité à l'époque.

Il vous appartient aujourd'hui, Monsieur le Président de la République, de reconnaître, au nom de la France, la responsabilité de l'Etat français dans cet abandon criminel. Et dire aussi que nous avons là une dette à l'égard des victimes, comme de leurs enfants, frappés du mal de vivre, dans une France qui les ignore et leur tourne le dos.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l'assurance de ma haute considération.

Alain MADELIN


Monsieur Jacques CHIRAC
Président de la République

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