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Corse
Vers une révolution régionale
A
l'occasion du débat sur la Corse à l'Assemblée
Nationale, Alain Madelin a réaffirmé son souhait d'une
décentralisation accrue et d'une redistribution
des pouvoirs pour l'ensemble du pays, le dossier corse étant l'occasion
de déverrouiller le pouvoir local en France.
Le
projet Corse porte en lui
les germes d'une révolution beaucoup plus large
La
distribution de tracts "publique" par le FLNC donne-t-elle raison
aux adversaires du projet qui crient au chantage: en Corse c'est
la bombe ou la loi ?
Je
regrette que l'attitude du gouvernement, tout comme la gesticulation
du FLNC, donnent ce sentiment. Si je me suis prononcé pour un statut
spécifique, c'est parce que je pensais que c'était bon en soi pour
la Corse et pas pour acheter la paix. J'ai aussi la conviction que
c'est le jacobinisme, le centralisme, le parisianisme qui nourrissent
aujourd'hui la revendication nationaliste et, qu'ainsi, transférer
davantage de pouvoirs en Corse, c'est couper l'herbe sous le pied
des irrédentistes.
Plus
que de centralisme, François Léotard parle d'ignorance et de mépris
vis-à-vis de la Corse…
Il y a un peu de vrai. Mais les indépendantistes corses sont responsables
de cet état d'esprit en poussant des parlementaires à cette conclusion
peut-être hâtive: s'il s'agit de confier des libertés nouvelles
à une région qui baigne dans un climat de passion et sur laquelle
peuvent s'exercer les pressions nationalistes, alors la Corse
est le plus mauvais terrain pour cela.
Lundi,
la grande fusion nationaliste. L'objectif d'indépendance reste clairement
affiché…
Je
ne dénie pas aux nationalistes le droit de constituer un nouveau
parti indépendantiste en Corse. Aussi saugrenue, archaïque et
irréaliste qu'elle me paraisse, cette revendication a le droit
d'être défendue démocratiquement. Cela étant, on ne peut pas impunément
jouer le double jeu: la démocratie le jour, le terrorisme la nuit…
Mardi, à l'issue des élections régionales au Pays basque,
la violence terroriste a été honnie…
Bien
sûr, et je suis au fond de moi-même convaincu du bon sens du peuple
corse qui ne souhaite pas quitter la République, dès lors que
celle-ci lui reconnaît son identité et lui octroie les moyens
d'exercer, par ses assemblées élues, tout le pouvoir dont elle
est capable. Je ne conçois pas qu'à l'intérieur d'une démocratie
qui entre dans le 21e siècle, on puisse encore avoir recours à
un procédé aussi condamnable et aussi barbare que celui du langage
des bombes. Dans le fond, je n'ai pas envie de prendre au sérieux
ceux qui le parlent, j'ai plutôt envie de les plaindre.
Et vous faites confiance au bon sens des élus pour préserver
le littoral, l'article voté mercredi ?
Le
bétonnage des côtes françaises s'est fait alors que l'État détenait
les pleins pouvoirs sur les permis de construire. Et au moment du
Festival de Cannes, le Tout-Paris et le tout-officiel auront plaisir
à déjeuner dans la paillote du Martinez sur la plage, avec peut-être
pour convive un préfet qui se gardera d'y mettre le feu. On rencontrera
toujours des contradicteurs pour dire que des groupes de pression
ou des velléités mafieuses rendront les Corses moins aptes que d'autres
dans ce domaine. Il y a une petite part de réalité mais, bien plus
encore, un relent de racisme anti-corse. On peut toujours faire
un mauvais usage de la liberté. Mais je fais confiance au jeu des
pouvoirs et des contre-pouvoirs, au rôle de la justice et des associations
de défense de l'environnement qui me paraissent assez virulentes
lorsque l'intégrité des côtes est menacée. Je fais tout simplement
confiance aux Corses pour trouver le bon équilibre entre la préservation
de leur rivage et les nécessités de l'aménagement touristique.
On
ne peut ignorer non plus le rôle des bombes contre la spéculation…
Je
n'oublie pas que le nationalisme corse est né en réaction à un
grand plan de bétonnage de l'île concocté à Paris…
Et
que penser de ce qui a été concocté dans l'article premier du projet
de loi sur l'adaptation législative et réglementaire ?
Un des reproches que j'adresserais au gouvernement, c'est d'avoir
fait croire aux nationalistes que c'était la reconnaissance d'un
début de souveraineté corse et, par ricochet, aux jacobins que c'était
le démantèlement de la République. En réalité, ce n'est ni l'un
ni l'autre. Un processus de régionalisation consiste aujourd'hui
à inscrire le principe de subsidiarité dans la Constitution de la
République.
Concrètement,
ça se traduit pas quoi ?
Par
la dévolution de compétences et là, il faut aller beaucoup plus
loin que le seul projet corse. Si j'avais une seule raison de
ne pas le voter, c'est parce que je le trouve trop timide et beaucoup
trop frileux par rapport à ce qu'il faudrait faire.
Une
dévolution dans quels domaines ?
Des
tas de domaines: l'environnement, la santé, le social, l'urbanisme,
l'école, voire la sécurité. Avec, à la clé, la garantie de vraies
ressources fiscales, une part de la TIPP, de l'impôt sur le revenu
ou une part de la TVA. Des ressources modernes pour étayer un pouvoir
d'adaptation des lois qui, d'un point de vue juridique, devrait
être qualifié de pouvoir réglementaire délégué.
Vous
accompagneriez donc bien la réforme en Corse jusqu'en 2004 ?
Le
statut corse, bien en deçà, je le répète, des ambitions que je
nourris pour l'ensemble des régions françaises, porte déjà en
lui le germe d'une révolution beaucoup plus large que j'appelle
de mes vœux.
Vendredi.
Il semble que Daniel Vaillant ait amorcé le mouvement…
On ne peut pas traiter la vraie révolution régionale et la réforme
constitutionnelle indispensable pour la mener, avec quelques mesurettes
au travers de telle ou telle loi. L'histoire de M. Vaillant n'a
pas de sens mais son initiative désigne au moins le sens de l'histoire.
Après l'étape corse, il y aura forcément d'autres étapes.
Pourquoi
la droite a-t-elle ainsi raidi ses positions dès le début du débat,
mardi ?
Dire
qu'ici et là il y a des réactions jacobines est vrai, mais c'est
en même temps réducteur. Il est anormal de faire une exception corse
parce que ça crédite la thèse que l'on veut acheter la paix en Corse
après l'échec de la politique de M. Chevènement, celle qui avait
vu l'assassinat du préfet Érignac et le ridicule épisode Bonnet.
Et d'aucuns se disent: c'est la récompense du terrorisme et des
bombes. Je comprends que beaucoup d'élus ne l'acceptent pas.
Que
fallait-il donc faire, selon vous ?
La
bonne démarche consistait à proposer une grande réforme de dévolution
de pouvoirs nouveaux, fiscaux, réglementaires, législatifs, à
l'ensemble des régions françaises. C'est-à-dire un cadre général
dans lequel un statut spécifique pour la Corse aurait pu prendre
place.
Pour
quelles raisons, alors, avoir choisi de soutenir le projet ?
D'abord, parce que ce statut est souhaité par une majorité d'élus
corses conduite par mon ami José Rossi, et que, désavouer cette
majorité attachée fermement à la Corse dans la République, ce
serait faire un cadeau aux indépendantistes. Ensuite, parce qu'une
fois engagé dans cette voie, je me suis dit qu'on serait bien
obligé de parler de l'ensemble du territoire français. Je suis
certain que, quel que soit le futur gouvernement, les prochaines
élections régionales de 2004 ne se feront pas sur le statu quo
actuel. Grâce à la Corse, il y aura une évolution.
Mais
pourquoi avoir dit que si le projet n'était pas voté, ce serait
un cataclysme ?
Parce que comme je l'expliquais tout à l'heure, il n'y aurait plus
d'élus crédibles en Corse, ce dont se réjouiraient les plus agités
des nationalistes. Beaucoup de mes amis le savent, qu'ils s'abstiennent
ou qu'ils votent contre avec le soulagement de savoir que le texte
sera finalement adopté. Disons que pour certains d'entre eux, il
s'agit d'une abstention constructive…
Mardi.
Votre réaction à la victoire de Silvio Berlusconi ?
je
souhaite que la France suive l'exemple de l'Italie car derrière
l'homme si décrié il y a le choix de la modernité et d'un projet
politique qui repose sur quatre révolutions: la révolution fiscale,
la révolution de l'Éducation, la révolution de la réforme de l'État
et la révolution régionale en allant plus loin encore dans le fédéralisme
administratif et fiscal. Je suis persuadé que les Français sont
capables, le moment venu, de choisir ces quatre révolutions dès
lors qu'elles leur seront proposées clairement, ce à quoi je m'emploierai
lors de la prochaine élection présidentielle.
Vous
êtes candidat aux présidentielles. La droite ne paraît-elle pas
déjà assez affaiblie ?
L'élection
présidentielle, qui a toujours été sous la Ve République l'expression
d'un pluralisme, est plus ouverte qu'on ne le croit. Il y a un grand
choix de réformes modernes et audacieuses, récemment plébiscitées
par les Italiens. Pour la fiscalité, je propose d'alléger très fortement
l'impôt sur les successions et les donations et une réforme de l'impôt
sur le revenu avec un taux maximum de 33 %. Pour l'Education, l'autonomie
la plus grande laissée aux établissements scolaires et destinée
à bâtir une meilleure école et favoriser la liberté de choix des
parents. Je souhaite aussi une réforme considérable de l'État avec
un allégement des lois et des règlements, et une restructuration
pour lui permettre d'exercer ses missions essentielles comme la
Justice et la Police pour assurer la sécurité des Français. Enfin,
mener la révolution régionale dont nous avons beaucoup parlé. Ces
valeurs méritent d'être présentées aux Français.
Et pourquoi par vous ?
parce
que je les défends avec détermination depuis longtemps, parce que
ma candidature n'est pas une candidature de figuration. C'est une
candidature qui est portée par la conviction qu'il existe une majorité
potentielle de Français pour suivre ce chemin-là.
Interview
Corse Matin
le 20 mai 2001
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