Discours d'Alain Madelin
"Une France qui donne
à chacun sa chance"

A l'inauguration du siège de campagne, mercredi 10 octobre 2001

La vidéo
L'album photos de la soirée

Au moment où nos esprits et nos cœurs sont tournés au-delà de nos frontières vers une actualité grave, nous avons souhaité placer la soirée d'inauguration de notre siège de campagne sous le signe de la solidarité. Solidarité avec le peuple afghan pour sa libération, avec les alliés américains et anglais mais aussi avec les forces françaises déjà engagées ou qui pourraient l'être demain.

Ce siège de campagne marque notre volonté de passer maintenant à la vitesse supérieure. Je me suis engagé dans cette campagne en affirmant qu'il n'était pas question pour moi d'être là pour figurer ou pour témoigner. Les jeux ne sont pas faits, n'en déplaise à ceux qui voudraient escamoter le premier tour.

Je veux, dès le premier tour, offrir à l'opposition, et même au-delà, un choix clair, fort et alternatif à celui du Président sortant.

Les événements graves que nous vivons ne peuvent que renforcer l'exigence des choix que j'entendais depuis longtemps porter au coeur du rendez-vous de 2002. Le choix de la sécurité intérieure et extérieure, le choix de la prospérité et de l'emploi et la question lancinante de ces quartiers, de ces banlieues, de cette part de la jeunesse entrée en dissidence contre la France.

La première exigence, la sécurité extérieure d'abord. On comprend mieux, aujourd'hui, le sens du combat qu'avec quelques uns nous menons depuis longtemps au côté du peuple afghan, dont je souhaite pour la mémoire du commandant Massoud qu'il puisse se libérer au plus tôt. Il ne s'agit pas d'occuper l'Afghanistan, mais d'appuyer la libération du peuple afghan par les Afghans. Cela rejoint le sens des combats que je n'ai cessé de mener en faveur des Droits de l'Homme, notamment en Afrique, contre les dictatures et la pauvreté.

La sécurité extérieure et aussi, bien sûr, la sécurité intérieure.

Méfions-nous de ceux qui affirment sur les plateaux de télévision qu'il y aura " tolérance zéro ", que la criminalité sera réprimée et les criminels châtiés, alors que l'on sait pertinemment, par exemple, que ni la justice des mineurs ni le système pénitentiaire n'ont les moyens financiers et humains d'avoir les établissements spécialisés qui permettraient de répondre justement à la délinquance des mineurs.

Cette exigence de sécurité correspond au retour à l'Etat tel que nous le voulons, un Etat qui laisse la liberté la plus grande à la société civile mais exécute ses vraies missions, ses missions régaliennes, avec la plus grande fermeté. Aujourd'hui, certains voudraient nous faire croire qu'il s'agirait d'un retour de l'Etat. En aucun cas.

On a, bien évidemment, besoin de pompiers, de policiers, de militaires, de juges, mais ce n'est pas une raison pour vouloir contrôler à nouveau l'économie ou mettre les entrepreneurs en uniforme. Nous souhaitons un retour à l'Etat et non un retour de l'Etat envahissant.

La deuxième exigence, le deuxième thème fort que je veux porter dans ce débat, c'est celui de la prospérité. Certains me conseillaient, il n'y a encore pas si longtemps, de ne plus parler d'économie, assurant que les problèmes économiques étaient derrière nous. Mais nous voyons bien aujourd'hui que la croissance est menacée et que le chômage est reparti à la hausse ; beaucoup de Français craignent pour leur emploi, celui de leurs enfants ou de leurs petits-enfants. Si l'on veut, demain, retrouver le chemin d'une croissance forte, alors il faut prendre le chemin de réformes fortes, pour libérer le travail, mieux récompenser l'initiative et l'effort, pour encourager la constitution et la transmission d'un patrimoine familial.

Baisser les dépenses publiques, c'est une exigence et une contrepartie ; c'est la contrepartie d'une réforme de l'Etat, d'une décentralisation audacieuse, d'une réforme de notre protection sociale. Autant de thèmes sur lesquels nous avons de nombreuses propositions à faire aux Français.

La troisième exigence, c'est celle de la réintégration dans la communauté française de ces cités, de ces quartiers, de cette partie de la jeunesse française qui ne sait même plus qu'elle est Française et qui est aujourd'hui entrée en dissidence. Cette exigence-là, je la porte en moi depuis longtemps. Certains s'étonnaient que je m'intéresse à l'Islam, aux problèmes de l'intégration de ces jeunes d'origine étrangère, que je passe autant de temps dans ces quartiers difficiles. Mais ils sont, au fond, le miroir grossissant de nos échecs.
Echec de l'école, qui fut celle de la réussite et de l'égalité des chances, et qui est aujourd'hui celle de la relégation.
Echec de l'emploi pour tous, parce que l'on reste enfermé dans le chômage et dans l'assistance.
Echec d'une immigration mal maîtrisée, échec de la sécurité mal assurée, échec d'un urbanisme collectiviste et inhumain qui fabrique des locataires pas même propriétaires de leurs logements après avoir payé tant d'années de loyer. Ces quartiers, devenus des foyers de cultures violentes et même, pour certains, un terreau pour les fanatismes les plus fous, sont souvent de bien dangereux modèles pour d'autres cités.

Et si nous savons soigner le mal à la racine -l'école, l'urbanisme, l'intégration-, nous guérirons la France de ses problèmes. Voilà pourquoi je crois que cette question-là est plus que jamais au cœur de l'actualité, portée par les événements que nous vivons.

Comment, en effet, ne pas être meurtri, blessé par cette Marseillaise sifflée au stade de France. L'enjeu que je porte aujourd'hui, c'est de faire en sorte qu'à l'occasion d'événements semblables, toute cette jeunesse, rassemblée dans le même stade, puisse chanter en chœur notre hymne national. Oui, être Français ensemble ! je veux donner à ces jeunes envie d'être Français, envie de chanter la Marseillaise, envie de vivre dans cette France qui donne à chacun sa chance.

C'est pourquoi j'appelle celles et ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs, à nous rejoindre dans cette campagne pour porter haut, très haut, cette exigence d'une nouvelle France, une France aux couleurs de la vie, la France que nous aimons, la France que nous avons le devoir de faire aimer.