Mes chers amis, En ce début dannée vous me voyez heureux, heureux dêtre avec vous ce soir au grand Rex, Heureux pour vous
souhaiter, il en est encore temps, une bonne année, Si je suis résolument
candidat cest parce que je souhaite pour la France et les Français
un autre avenir que celui que leur préparent les socialistes. Je veux aussi offrir à lopposition, et même au-delà, au premier tour, dès le premier tour, un choix clair, un choix fort, un choix alternatif au choix du président sortant. Je ne suis pas candidat contre Chirac, mais candidat à la place de Chirac. Mais pour convaincre, pour entraîner, jai besoin de faire campagne. Encore faudrait-il quil y ait une campagne, que le match commence, que tous les joueurs soient sur le terrain et que le coup denvoi soit donné. Ce qui nest pas hélas aujourdhui le cas ! Nous avons deux candidats "officiels", qui ne se privent pas doccuper les médias mais ils ne sont pas officiellement candidats . Je me souviens dailleurs dun candidat, autrefois Premier ministre, qui disait assez justement, je le cite : "il est honnête pour un candidat de faire connaître sa candidature 100 jours avant léchéance. Réduire ce délai nest pas très convenable !" Cétait en janvier 1988, cétait Jacques Chirac, cétait aussi ce que je pensais et je nai dailleurs pas changé davis. 100 jours, 100 jours pour faire campagne, projet contre projet, 100 jours pour débattre de tous ces défis quen ce début de nouveau siècle la France va devoir affronter ; 100 jours pour proposer, pour convaincre ; oui il me semble que 100 jours de débat constitue la marque dune vraie démocratie. Car dans une démocratie lélection présidentielle cest le temps fort, loccasion privilégiée de la formation de lesprit public Et dailleurs, trois Français sur quatre aujourdhui nous disent vouloir se déterminer sur les projets des candidats. Je pense pour ma part depuis longtemps que le rendez-vous présidentiel de 2002 sera pour les Français une échéance sérieuse. Loccasion de réfléchir, de comparer et de choisir les réformes modernes dont notre pays a besoin dans ce qui sera pour les Français le premier rendez-vous électoral du nouveau siècle. Ceux qui souhaitent aujourdhui une campagne étriquée, rabougrie, rétrécie, une campagne courte pour idées courtes, ceux-là se trompent lourdement. Les Français veulent une vraie campagne, et ils ont raison. Ils ne veulent pas dune campagne médiocre faite de postures avantageuses, de coups bas, de petites phrases, de bons mots qui, à défaut dêtre bien pensés, sont sûrement bien sondés. Et une élection présidentielle, je tiens à le rappeler à tous ceux qui pourraient loublier en ce moment, est une élection à deux tours. Le premier tour est toujours celui du vrai choix, le choix de la raison, celui du cur, celui qui ouvre des voies nouvelles et bouscule souvent tous les pronostics. Aussi, au premier tour, dès le premier tour, VOTEZ UTILE. Et les voix utiles, celles qui vont faire bouger la France, celles qui vont donner une chance à lavenir, celles qui vont gagner et faire gagner, ce sont les voix qui se porteront sur mon nom, au premier tour, dès le premier tour. Car ces voix-là, les 3, 4, 5 ou 6 millions de voix que je pourrais recueillir au premier tour seront en tout état de cause les voix gagnantes. Ce sont des voix qui exprimeront quelque chose de fort, une volonté de vrai changement, de rupture avec tant dannées de socialisme, de social-démocratie ou de social-technocratie, des voix qui, si je navais pas été candidat, manqueraient sûrement pour une large part à lappel. Mes chers amis, je viens de parler de 3, 4, 5 ou 6 millions de voix. 6 millions de voix ce serait bien dailleurs car cela me qualifierait pour le deuxième tour. Et ce nest pas hors de portée. Si chaque Français qui a déjà la ferme intention de voter pour moi réussissait à en convaincre deux autres, alors nous y serions facilement. Il en irait de même, si chez tous les Français qui se disent prêts le cas échéant à voter pour moi, un sur deux se décidait. Quoiquil en soit, toutes les voix qui se porteront sur mon nom seront, je le répète, des voix utiles. Et la force que nous aurons constituée ensemble sera en tout état de cause une force dentraînement nécessaire pour gagner le deuxième tour. Et parce que ce sont là les voix qui feront gagner, en tout état de cause, elles ne se donneront pas, elles ne se marchanderont pas, elles se mériteront. Elles constitueront une force de persuasion, une force de dissuasion, une force de rappel, porteuse dune exigence de réforme. Elles ne seront pas trompées ou déçues une fois de plus. Devant vous je my
engage. Jajoute que si trois Français sur quatre entendent se déterminer sur les projets des candidats, jy vois là pour moi plutôt un avantage, un avantage comparatif. Car, vous le savez, jai toujours cherché à trouver, à représenter, les idées neuves, les idées modernes de mon époque, celles dont le pays a besoin. Dailleurs avant de confier à quelquun la barre du bateau France pour une longue traversée de cinq ans, je crois quil est sage de comparer la capacité des uns et des autres à choisir le bon cap et à sy tenir. Jaimerais dailleurs quil y ait au cur de cette campagne électorale comme une sorte de machine à remonter le temps qui viendrait rappeler utilement aux Français les positions, les propositions des uns et des autres à différentes époques. Une telle machine constituerait un excellent détecteur de mensonges et un excellent indicateur de fiabilité. Si vous aviez dit à Jean-Pierre Chevènement, à Lionel Jospin ou à Jacques Chirac lorsquils sont sortis de lENA ou même lorsquils sont devenus pour la première fois ministres, si vous leur aviez dit, comme moi jen étais persuadé, que le contrôle des prix serait supprimé, que lon mettrait fin au monopole de la télévision dEtat, quil faudrait privatiser les banques nationalisées, privatiser Renault, que lEtat devrait renoncer à la planche à billets, que la banque de France deviendrait indépendante, et même européenne et je pourrais longtemps continuer ainsi ils vous auraient alors rit au nez en vous disant, "ça ne se fera jamais", "ça ne marchera jamais". Tenez, Chevènement, il est très tendance en ce moment chez certains intellectuels français. Il reste tout de même lauteur de ce jugement définitif, je le cite, "la preuve que le socialisme est inéluctable, cest quaucun pays communiste nest jamais revenu en arrière". Pour ma part, vous me permettrez de faire moi-même ma publicité ici, ce soir. Comme responsable politique et comme membre du gouvernement à trois reprises, ayant eu la charge de nombreux ministères, jai toujours mis en uvre mes convictions dans les fonctions qui ont été les miennes. Ministre de lIndustrie, jai donné lexemple de la réduction des dépenses publiques, en diminuant les dépenses de mon ministère, en supprimant cinq directions, et une demi-douzaine dorganismes budgétivores et inutiles. Jai contribué à libéraliser le secteur des télécommunications et à réussir les premières privatisations industrielles. Ministre des entreprises, des PME, du commerce et de lartisanat, jai créé des fonds de pension pour les professions indépendantes, favorisé la création dentreprises et simplifié nombre de lois et de règlements. Ministre de lEconomie
et des Finances, jai eu à assumer un rôle ingrat qui
a consisté dans une situation de dépenses budgétaires
non financées et de recettes fiscales en baisse à donner
un coup darrêt à la fuite en avant dans les déficits
publics. Et même à tracer le chemin de leur réduction
: 5% en 1995, 4% en 1996, 3% en 1997. Avec pour objectif la réduction
des taux dintérêt et léquilibre budgétaire.
Mais je voulais aussi dans le même temps, vous le savez, engager une vaste réforme fiscale avec comme première étape un allégement de 20 à 25% des impôts sur le revenu de 1996, cest-à-dire un impôt marginal abaissé à 45%. Le Premier ministre de lépoque à refusé cette réforme. Jai quitté le gouvernement. Jai refusé de cautionner un complet retournement de politique par rapport à notre engagement initial, celui qui mavait fait soutenir Jacques Chirac. Car je crois à la force des propositions et à la force des convictions. Oh, sans doute, trouvera-t-on dans cette campagne électorale chez dautres et sous dautres formes, certaines des idées que je défends depuis longtemps, car le temps des printemps électoraux cest aussi le temps des girouettes !
En revanche il ne faut jamais voter pour une girouette car le propre dune girouette cest de sagiter tout en restant immobile. Votez utile. Et pour voter utile je veux vous présenter ce soir le contrat que je propose aux Français. Un contrat, parce que beaucoup de Français ont perdu confiance dans la politique. Parce que pour regagner leur confiance il faut prendre devant eux des engagements clairs, et tenir ses engagements une fois élu. Il est temps de changer de cap, davoir le courage de faire enfin les grands choix dont notre pays a besoin. Il existe une majorité de Français, une majorité silencieuse qui attend depuis longtemps que sexprime un courant réformateur et populaire Une majorité de Français exclus qui attend que fonctionne à nouveau à plein régime le moteur de la création demplois, une majorité de Français aux fins de mois difficiles qui attend de la croissance et du recul de lEtat une meilleure récompense de leurs efforts. A ces Français je propose le contrat dune nouvelle France, une société dans laquelle nous nous sentirons plus libres, plus responsables, plus respectés. Une société où lEtat assurera sans complexe ses vraies missions pour une justice indépendante et impartiale, où la loi sera la même pour tous et la sécurité assurée, Une société fondée sur la récompense du mérite, du travail, de linitiative et de leffort, Une société qui donne à chacun toute sa place et toute sa chance, qui favorise la promotion sociale des plus modestes, Une société qui redonnera à chacun de bonnes raisons dêtre fier dêtre Français.
Parce que le chômage repart à la hausse, parce quen terme de richesse par habitant nous sommes passés au 12ème rang en Europe, au 18ème rang des pays de lOCDE, parce que notre population active est trop faible, parce que nous avons trop peu dentrepreneurs, de producteurs et de créateurs de richesses et trop dobstacles sur leur chemin, Parce que je veux que la France retrouve son rang, Parce que je veux que nous aussi nous retrouvions le plein emploi, Parce que le plein emploi, cest la meilleure des politiques sociales, parce que cest avec le plein emploi que lon réintègre les exclus du marché du travail, quon réduit la précarité, quon améliore la feuille de paie et le pouvoir dachat des salariés. Aussi pour mieux utiliser tous les talents et les énergies qui existent en France, pour faire tourner à plein régime le moteur de la croissance, je mengage à baisser les impôts et à libérer le travail.
Nos 2 400 000 entreprises constituent 2 400 000 chances de créer richesses et emplois. Parce que dans le nouveau monde et la nouvelle économie je crois plus que jamais à lentreprise, aux petites entreprises, aux entreprises familiales, au travail indépendant, aux professions libérales, aux commerçants, aux artisans, aux agriculteurs, aux très petites entreprises, aux entrepreneurs individuels, parce que 14 millions de Français ont aujourdhui envie de créer leur entreprise, de se mettre à leur compte ! Ils étaient dix fois moins nombreux il y a dix ans. Quelle révolution ! Et cet appétit dentreprendre, de créer, dinnover, de se mettre à son compte, de réussir par dautres chemins que le seul salariat, touche la France entière - aussi bien les femmes, les jeunes que les retraités - et bouscule tous les clivages partisans. Cest là le nouveau rêve français, celui de gens modestes, qui naspirent pas à devenir des François Pinault ou des Bernard Arnault, mais à se réaliser eux-mêmes, en travaillant dur, en prenant des risques. Un rêve de réussite et de mobilité sociale dans une société souvent bloquée. Ce rêve français je le fais mien depuis longtemps. Et pour moi, la nouvelle France doit être le pays des nouveaux entrepreneurs. Cest pourquoi je mengage à alléger le droit du travail pour les entreprises à taille humaine, et à faciliter lembauche des premiers salariés au travers dun chèque-emploi dans les très petites entreprises. Je mengage à ce que les professions indépendantes - les artisans, les commerçants, les agriculteurs - paient leurs impôts et leurs charges sur leur revenu réel, et seulement sur leur revenu réel. Je mengage à distinguer leur patrimoine professionnel pour assurer un patrimoine familial insaisissable. Je mengage à lexonération totale des droits de succession sur loutil de travail. En matière de création dentreprise je fixe un objectif : 2 millions de nouvelles entreprises dans les cinq ans qui viennent. Cest possible. Avec, pour cela, un programme choc, pour aller au-delà des mesures que javais moi-même prises en 1994 : Je mengage à favoriser fiscalement linvestissement dans la création et le développement des entreprises, à permettre dajouter une activité dentrepreneur à une autre activité (salarié, fonctionnaire ) et à permettre de passer facilement dune activité à une autre. Parce que les secteurs des services à forte main-doeuvre représentent un formidable gisement demplois, parce que trop souvent ces emplois coûtent plus cher quils ne rapportent, je mengage à tout mettre en oeuvre pour quau niveau européen, nous décidions de développer ensemble ces services - comme lhôtellerie ou la restauration - en leur appliquant une TVA à taux réduit.
parce que dans la nouvelle économie, la croissance et la compétitivité se font par la créativité et linnovation et non par la baisse des salaires, parce que les bonnes feuilles de paie fabriquent le plein emploi, je mengage à développer des mécanismes dintéressement et de participation, à introduire une part plus flexible dans le salaire, pour permettre à lentreprise quand elle le peut daugmenter les rémunérations sans pour autant être piégée pour lavenir. Je mengage à favoriser aussi de nouveaux types de contrats permettant dimpliquer davantage les salariés dans la réussite de l'entreprise.
parce que je crois que si quelquun fait le choix de travailler plus pour gagner plus, pour réussir sa vie ou élever sa famille, aucun homme politique na le droit de le lui interdire, parce quavec les 35 heures, nos 35 heures, obligatoires, uniques au monde, nous ajoutons encore du plomb dans des semelles déjà bien lourdes, et nous désorganisons, on le voit bien, ladministration et les services publics, parce que les 35 heures représentent une incroyable facture de plus de 100 milliards de francs déjà, et parce quelles ont créé une fracture entre les Français, entre ceux qui en bénéficient et ceux qui, commerçants, agriculteurs, professions libérales les paient par leurs 50 ou 60 heures de travail hebdomadaires. Voilà pourquoi je mengage à libérer le travail, à favoriser le temps choisi par la voie contractuelle et à supprimer le carcan des 35 heures obligatoires.
Parce que la nouvelle croissance a besoin d'une fiscalité de progrès, parce que la réforme fiscale est depuis longtemps à l'ordre du jour de tous les pays autour de nous, parce que nous avons le record de la confiscation fiscale, nous devons baisser nos impôts, tous nos impôts dans une réforme fiscale d'ensemble. C'est un choix d'efficacité. C'est un choix de progrès. C'est aussi un choix de société. Lorsque combinés, prélèvements sociaux et fiscaux atteignent plus de 70% pour les emplois les plus qualifiés on décourage leffort et linitiative. De même, lorsque lécart entre les revenus de lassistance et les revenus du travail est trop faible, on décourage la reprise dun emploi. Je mengage à
mieux récompenser le travail, le mérite et leffort. parce que notre système dEtat providence, avec son maquis daides sociales et dexonérations, est devenu au fil des ans illisible, injuste et imprévisible. Parce que trop souvent ce système conduit à enfermer des familles entières dans lassistance et dans la dépendance, au risque de déstructurer ces familles. Voilà pourquoi je mengage à simplifier, clarifier notre système daides sociales et à instituer un revenu de solidarité de base en fonction de la composition du foyer familial qui a vocation à se substituer de façon plus simple, plus claire, plus équitable à nos minima sociaux. Parce je veux donner de vraies chances à celles et ceux qui sont enfermés dans lassistance de retrouver le lien social par le travail. Je mengage, aussi, chaque fois quon le peut, à transformer ce revenu de base en revenu dactivité autour de tâches dutilité sociale mises en oeuvre par les collectivités locales.
Ce contrat cest aussi un contrat pour favoriser laccession à la propriété de tous les Français. Parce que je souhaite que la prospérité de la France soit une prospérité partagée par tous, je souhaite que les Français soient toujours plus nombreux à avoir accès à la propriété de leur logement et à la propriété des entreprises. Parce que la propriété dune maison reste le rêve de chaque Français, parce quelle facilite lenracinement, lintégration, et constitue un capital de sécurité dans la vie, parce quen Europe nous sommes à la fois le peuple qui aspire le plus à la propriété de son logement, à la maison individuelle et celui qui a poussé le plus loin cet urbanisme collectif, inhumain et ségrégatif, et celui qui reste bon dernier quant à laccession à la propriété. Je me fixe un objectif : que deux Français sur trois deviennent propriétaires de leur logement. Pour cela, je mengage à réformer profondément ce quon appelle "le logement social", pour en offrir très largement la propriété à ceux qui occupent ces logements sociaux et qui souvent les ont payés depuis longtemps par leurs loyers.
Je mengage à faire bénéficier les Français dun marché moderne des prêts immobiliers, qui comme dans dautres pays permettra dallonger les prêts, réduire les remboursements, faciliter la mobilité, et à permettre de déduire les intérêts de ces prêts du revenu imposable. Je mengage à libérer la construction, laménagement de logements bon marché par les propriétaires privés pour prendre le relais dun logement social à bout de souffle et trop souvent ségrégatif. La nouvelle France cest pour moi une France de Français propriétaires, propriétaires de leur logement, propriétaire des entreprises aussi. Cest pourquoi je mengage à développer lactionnariat populaire et à créer, enfin, des fonds de pension, comme lont fait dautres pays autour de nous, et comme nous aurions dû le faire depuis longtemps pour tous les Français. Je mengage aussi, parce que le défi des retraites est maintenant là, devant nous, et que rien na été fait, à instituer un système de retraites par point, à la carte, à faciliter lallongement progressif de la durée des cotisations comme lont fait tous nos partenaires européens, et rapprocher enfin dans un souci déquité les pensions du public des retraites du privé. Je demanderai aux partenaires sociaux de mieux intégrer le travail des seniors dans lentreprise et dorganiser un marché du travail spécifique en échange dun redéploiement des services de lemploi. Parce que le couperet de la retraite, la multiplication des préretraites qui ont entraîné une dévalorisation injustifiée de nombreux salariés et de cadres âgés constituent à mes yeux une grave perte de savoir et de savoir-faire pour notre pays.
Parce quen matière de santé, la réforme de 1995 a conduit à une étatisation rampante aggravée par les gouvernements socialistes, parce que les systèmes étatisés ont partout échoué, et que si lon a pu jusquà présent épargner aux Français le rationnement des soins, cela sest fait grâce à lesprit de responsabilité de tous les professionnels de santé, mais cela sest fait aussi au détriment de leurs revenus, des infirmières aux médecins . je mengage à rompre avec un système où lEtat a mis la main sur tous les leviers de gestion de lassurance maladie et prend toutes les décisions clés, je mengage à réformer notre système dassurance maladie en permettant lautonomie des caisses, le retour à un vrai paritarisme débarrassé de lhyper tutelle de lEtat. Ainsi, les caisses, devenues autonomes et responsables, auront la liberté de négocier les prestations dans les meilleures conditions, avec les professionnels de santé, les médecins, les hôpitaux et les cliniques qui tous seront ainsi intéressés à une meilleure gestion de notre assurance maladie. Les mutuelles et les assurances complémentaires auront la possibilité doffrir les mêmes services ou de les améliorer au travers de délégations de gestion, dans le respect des règles nationales de solidarité. Et, dans ce cadre, les Français pourront choisir librement leur caisse dassurance.
Parce quaujourdhui lEtat et la Justice sont incapables de faire respecter la loi, parce que la première fonction du Président de la République et le premier des devoirs de lEtat cest dassurer la sécurité des personnes et des biens. Parce que "les voyous auront peur de la police quand ils auront peur de la Justice". et parce que la Justice aujourdhui est embouteillée, parce quun tiers des peines demprisonnement ne sont pas exécutées, parce que les magistrats nont pas les moyens de placer les mineurs délinquants dans des centres spécialisés qui nexistent pas, parce que trop de plaintes sont classées sans suite et les victimes sont découragées de porter plainte, parce que le vocabulaire socialiste lui-même porte la trace de cette dévaluation de la justice : les délits sont appelés aujourdhui "incivilités" et les quartiers de non droit pudiquement baptisés "quartiers de moindre droit", et les vrais voyous sont gentiment qualifiés de "sauvageons". Les chiffres parlent deux-mêmes : en dix ans, les indicateurs de la délinquance ont été multipliés par deux. Dans le même temps le nombre de places dans les prisons est resté stable. Ce qui signifie quen 10 ans, le risque dêtre condamné a été divisé par deux, ce qui contribue à nourrir laugmentation de la délinquance. Parce que la police est trop souvent démoralisée, découragée ; pourquoi arrêter aujourdhui le petit délinquant qui a été arrêté hier et relâché ce matin ? parce que sil est vrai que le gouvernement socialiste a quelque peu augmenté le nombre de magistrats et créé de fragiles adjoints de sécurité, il a dans le même temps fait voter une loi sur la présomption dinnocence qui est venue compliquer considérablement le travail de la police et de la Justice, à un moment où au surplus on tente dy appliquer les 35 heures. Parce que oui, je le répète, lEtat ne fait pas son métier quand le total du budget de la police et de la justice est inférieur aux sommes que le budget de lEtat consacre au seul trou de la SNCF, parce quil ny aura pas de retour à la sécurité sans un immense effort en faveur de la Justice, je mengage devant vous une fois encore à mettre en oeuvre un véritable plan ORSEC pour la sécurité et la justice de 2 milliards dEuros (10% de la facture des 35 heures !), Pour créer durgence de nombreux établissements spécialisés adaptés pour accueillir les mineurs délinquants en définissant une nouvelle politique pénale en direction des mineurs, Pour construire de nouvelles prisons, augmenter le nombre de places à la mesure de la délinquance et de la criminalité, et bien sûr humaniser les conditions de détention, Pour donner à la police les moyens de sattaquer en priorité au noyau dur de la délinquance dans les quartiers et les cités et démanteler les réseaux de trafiquants, Pour alléger le droit pénal chaque fois quon le peut, et réformer les procédures pénales afin de faciliter le travail de la justice et de la police, au lieu de la compliquer, comme lont fait les socialistes, je mengage aussi à réorganiser, redéployer police, gendarmerie et forces mobiles pour faire en sorte que les policiers soient en face de la délinquance, dans les zones de délinquance, aux heures de la délinquance. Je mengage aussi à tout faire pour que les forces de lordre soient respectées dans leurs missions et que les auteurs doutrages, de menaces, dagressions contre les policiers ou leurs familles soient immédiatement déférés et sanctionnés fortement. De même que doivent être fortement sanctionnés tous les actes de corruption politique et de trafic dinfluence. Car un ordre social nest respecté que sil est respectable et que si lon a le sentiment dune vraie égalité devant la loi. Mes chers amis, Si jentends ainsi être très ferme face à la violence et à la délinquance, jentends aussi être très énergique pour réintégrer dans notre France cette part de la jeunesse de nos quartiers, de nos cités, qui fait aujourdhui France à part. Car cest cette part de la France qui est le miroir grossissant de nos échecs : un urbanisme inhumain conçu par des architectes collectivistes, des politiques dirigistes qui ont fabriqué le chômage, des politiques sociales qui ont enfermé tant de famille dans lassistance, laveuglement dune immigration mal contrôlée, la faillite de notre éducation standardisée et de notre collège unique, la remise en cause de toutes les formes dautorité sans que lon ait su y substituer la responsabilité. Ainsi, on a fabriqué des ghettos, des cités dortoirs, des cités de pauvres, réservées aux plus pauvres, où lon a parqué les travailleurs immigrés, où leurs enfants ont grandi dans lindifférence. Je porte lexigence dune France qui donne à chacun sa chance et lon ne peut accepter une situation où une part trop grande de notre jeunesse nourrit une haine contre notre société car elle pense que celle-ci ne lui a jamais donné sa chance. Ceci nexcuse rien, bien sûr, mais ceci nous donne un devoir, réparer cette déchirure de la société française, jen fais un engagement et ma priorité. Et quand je combats lassistanat, quand je mengage pour la sécurité, pour lécole, pour lemploi, pour la famille, pour la société civile et les associations, le logement, je pense à celles et ceux qui souffrent dans ces quartiers, à cette partie de la jeunesse que je ne veux pas laisser sans chances, sans avenir, sans espoir, assignée à résidence et livrée en otage aux bandes des cités. Cette France à part, je veux quelle devienne une part de lavenir de la France.
Parce que lEtat est en crise, parce que les institutions de la Vème république sont moribondes, étouffées par la centralisation jacobine, laffairisme, la cohabitation, la dissolution, et la colonisation de la vie politique par la haute administration, La nouvelle France a besoin que lon repense le rôle du Président, du gouvernement, du parlement et des lois, dans le souci dune meilleure séparation et dun meilleur équilibre des pouvoirs. Cest pourquoi je mengage en faveur dun régime présidentiel équilibré à la française. Cest à dire : Un président qui préside, avec, à ses côtés un premier ministre, le premier des ministres, respectueux des orientations du président, assurant la nécessaire unité du pouvoir exécutif, Un gouvernement qui gouverne et qui collabore avec le parlement pour lélaboration de la loi. Un parlement qui légifère moins et mieux et qui contrôle davantage, Un pouvoir judiciaire indépendant et impartial, des régions et des collectivités locales responsables, un droit plus clair et plus léger qui laisse une plus large part au contrat.
je mengage à mettre en oeuvre, dès le mois de juin prochain, une réforme constitutionnelle et institutionnelle permettant de donner vie à de vrais gouvernements régionaux, au profit de toutes nos régions et au bénéfice aussi de nos départements et territoires doutre-mer. Comment ? En inscrivant le principe de subsidiarité dans la constitution, En assurant lautonomie fiscale par une redistribution de la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers et dune part de la TVA, En donnant aux régions des compétences nouvelles dans le domaine de lurbanisme, du logement, de laménagement du territoire, de lenvironnement, de la culture, de léducation, de la sécurité, du transport, de la santé, de laction sociale, de linfrastructure, de lagriculture, du développement économique... En leur délégant, dans le cadre des lois nationales, un vrai pouvoir normatif, en permettant aussi aux collectivités locales - Pays, communautés de communes, départements - de sorganiser librement entre elles, dans le cadre régional. Nen déplaise aux craintifs et aux frileux, faire des régions fortes ce nest pas défaire la France, car une France forte a besoin de régions fortes.
Il y a dans cet engagement le choix fort dun Etat moins envahissant et dun citoyen plus responsable. Je veux redonner toute sa force à larticle 34 de la Constitution. Cest celui qui nous dit que le rôle de la loi cest et cest seulement de "fixer des règles" ou "des principes fondamentaux". Nous nous en sommes bien éloignés. Oui je veux rendre aux lois le caractère de règles générales quelles nauraient pas dû quitter et ainsi ouvrir de larges espaces au contrat, pour les citoyens, pour les partenaires sociaux ou au profit dune adaptation réglementaire déléguée aux collectivités locales. Ceci fera partie de la première réforme institutionnelle que je propose aux Français. Oui, chaque fois quon le peut, le contrat plutôt que la loi. Cest pourquoi je mengage à mettre en place une commission de recodification pour dégager dans le maquis de nos lois et de nos règlements un droit plus simple et plus clair. Je mengage à faire voter chaque année une loi de simplification administrative ouverte à linitiative des parlementaires et aux suggestions des contribuables et des citoyens pour alléger les contraintes qui pèsent sur les Français. Je mengage aussi à renforcer le rôle du Conseil constitutionnel en permettant aux citoyens de saisir directement le Conseil constitutionnel. Moins de lois, moins de règlements, plus de contrat, voilà qui nous permettra aussi dalléger le travail de lEtat. Et parce que la réforme de lEtat est nécessaire, je mengage à évaluer laction publique, à réorganiser les administrations, en leur donnant plus dautonomie et de responsabilité, en intéressant les services aux économies réalisées, en développant lintéressement et la participation des fonctionnaires à la réforme de lEtat. Beaucoup dactivités, traditionnellement exercées par lEtat, devront lêtre sous forme dagences autonomes ou sous forme de concessions de services publics. Nous devons recruter chaque année moins de fonctionnaires quil nen part à la retraite et ainsi diminuer à la mesure de la modernisation de lEtat, le nombre de fonctionnaires, comme lont fait bien dautres pays pourtant moins étatisés que nous. Au sein de la fonction publique, nous devons assurer une plus grande mobilité et favoriser le redéploiement des effectifs en fonction des vrais besoins.
Je mengage à réglementer le droit de grève dans les services publics pour assurer la continuité des services essentiels. Pour réaliser lEuro nous avons su réduire chaque année nos déficits de 1%, il nous faut maintenant réduire nos prélèvements publics au même rythme. Cest pourquoi je mengage, par la réforme de lEtat, à réduire la part des prélèvements publics dans la richesse produite de 5% en 5 ans. Cest le gage dune vraie diminution des impôts.
Parce quil ny a pas de plus grande priorité que lEducation aujourdhui et pas de meilleur investissement, parce que la révolution scolaire est en marche partout autour de nous et que partout on libère lécole, on utilise toutes les ressources des nouvelles technologies pour de nouvelles pédagogies. Partout on refuse la standardisation pour mieux adapter lécole aux enfants. Parce que, pas plus que vous, je naccepte lécole de léchec ou lécole de la violence. Parce que je veux que lon réforme avec audace, que lon sache fermer un mauvais établissement, se séparer des mauvais enseignants, et mieux récompenser les meilleurs. Voilà pourquoi je mengage à développer lévaluation des établissements, des professeurs et des élèves. Je mengage à donner aux enseignants, aux chefs détablissements et aux parents les moyens de faire une nouvelle école en leur offrant un vrai statut dautonomie. Autonomie pour pouvoir innover, réaménager lorganisation scolaire, dans la journée la semaine ou lannée, recruter plus librement les enseignants, souvrir sur lextérieur, adapter lécole aux réalités locales. Tous les établissements qui le souhaitent, publics ou privés, pourront opter pour ce statut dautonomie, garanti par un financement proportionnel au nombre délèves accueillis. Et je mengage bien sûr à donner aux parents la liberté de choisir lécole de leurs enfants. Je mengage à développer lenseignement artistique et le sport dans lécole mais aussi en dehors de lécole grâce à un chèque éducation artistique ou un chèque éducation multisports comme mon ami Charles Millon en a donné lexemple. Je mengage à donner à nos universités un véritable statut dautonomie et dindépendance à linstar de ce qui se fait partout dans le monde. Je mengage à favoriser une plus forte participation des entreprises dans la formation professionnelle, je mengage à mettre en place avec les entreprises, pour assurer légalité des chances, notamment pour ceux qui quittent plus tôt le système éducatif, un capital formation dont ils pourront disposer tout au long de leur vie.
La nouvelle France, la France que jimagine aux couleurs de la vie, est une France qui donne à chacun la possibilité de sépanouir au sein de multiples communautés, à commencer par les familles, les associations volontaires, une France qui permet lexpression des solidarités naturelles, locales, culturelles ou professionnelles. Voilà pourquoi je crois au rôle des familles, au rôle des communautés, au rôle des associations, au rôle des Eglises. Car cest bien la société civile qui porte les règles de civilité sans lesquelles il ne saurait y avoir de société. La famille, dabord, car quelles quen soient les formes aujourdhui, elle reste le cadre naturel dun bonheur auquel tous aspirent, la première école dapprentissage de la liberté et de la responsabilité. Aussi, je mengage à remettre à plat la politique familiale par une grande loi dorientation pour simplifier, clarifier le régime des prestations familiales et éliminer les obstacles qui, dans diverses législations, tendent à pénaliser, déresponsabiliser ou émietter les familles. Cette nouvelle France, plus civile, elle est faite aussi dassociations et de fondations dynamiques, capables de prendre le relais de lEtat et de prendre en charge avec plus de coeur, plus de chaleur et defficacité les actions dintérêt général pour aider les plus pauvres, pour développer laction humanitaire, pour défendre lenvironnement, favoriser linsertion des handicapés, pour encourager léducation et la culture, pour exprimer une passion sportive ou artistique, soutenir des musées, des orchestres, des hôpitaux, des écoles, des universités. Cest pourquoi je mengage à laisser aux Français une part de leur impôt sur le revenu ou sur leur succession pour quils laffectent librement aux associations ou aux fondations de leur choix. Et pour cela, je propose délargir considérablement la reconnaissance dutilité publique, de donner à nos associations et à nos fondations la clause de la fiscalité la plus favorisée en Europe et de permettre en plus à chaque citoyen de déduire de son impôt la somme de 100 Euros. 100 Euros citoyens librement affectés par les Français à lassociation de leur coeur Car au recul de lEtat doit correspondre une avancée de la société civile. Face à tous les pouvoirs, ceux de lEtat, de ladministration, ceux des grandes entreprises, face à ces nouveaux pouvoirs du nouveau monde qui inquiète souvent, la société civile oppose des contre-pouvoirs, le contre-pouvoir des citoyens, le contre-pouvoir des consommateurs, le contre-pouvoir des contribuables, le contre-pouvoir des usagers, le contre-pouvoir des défenseurs de lenvironnement. Je mengage à ce que ces contre-pouvoirs puissent sexercer plus facilement, plus librement dans notre démocratie, et à donner plus souvent la parole aux citoyens, en favorisant les référendums nationaux ou locaux dinitiative populaire. Enfin, permettez-moi dajouter que je souhaite que la société civile participe davantage à la vie publique. Et pour aérer et oxygéner la vie politique française je mengage à mettre fin aux privilèges de lengagement politique des fonctionnaires. * *
Il y a peu de pays qui peuvent prétendre modeler le nouveau monde. La France peut et doit être de ceux-là. Ce nest pas le cas lorsque la France est si longtemps aveugle et sourde au drame de lAfghanistan, lorsquelle est si loin des peuples et si proche des dictatures en Afrique, lorsquelle est si brouillonne à Nice pour construire lEurope. La nouvelle France pour moi cest celle qui est à lavant-garde du combat pour la liberté et les droits de lhomme, comme le sont souvent nos organisations humanitaires. Voilà pourquoi je mengage à mettre fin aux complaisances que nous entretenons trop facilement avec un certain nombre de dictatures de par le monde pour construire lalliance forte de toutes les démocraties, fonder un nouvel ordre international et revoir notre concept de sécurité et de défense.
Ce qui est à lordre du jour aujourdhui ce nest pas lélargissement de lEurope, mais la réunification de lEurope. A la dimension économique sajoute aujourdhui plus que jamais une dimension historique, culturelle, politique. LEurope de tous les Européens, voilà notre priorité. Et comme nous savons que nous ne pourrons pas faire rentrer la grande Europe dans les institutions de la petite Europe, il nous faut réinventer ces institutions non pas dans le sens dun super Etat européen mais dans un sens plus fédéral, cest-à-dire plus protecteur de la diversité des nations et des peuples qui composent lEurope ; et permettant une meilleure expression de lEurope, plus démocratique et plus claire, dans les missions qui sont les siennes. Voilà lenjeu de la Convention sur lavenir de lEurope que va présider Valéry Giscard dEstaing.
Parce que je sais quaider le développement cest aider les hommes et les femmes à se libérer, je mengage à soutenir linitiative africaine de développement portée par les démocrates africains, mes amis, pour sortir de la pauvreté. Comme le disait un de ces amis africains "ce nest pas la grandeur de la France dentretenir la corruption, dorganiser la fraude électorale et de soutenir la dictature, ce qui en fait sa grandeur cest la vérité, la justice et lhumanité". Conclusion : Voilà mes amis le contrat que je propose aux Françaises et aux Français. Il constitue à lévidence une franche alternative à la politique socialiste. Il sinscrit aussi clairement en rupture avec toutes les politiques social-démocrates ou social-technocratiques menées jadis par une certaine droite. Au rendez-vous de 2002, ce contrat représente le choix réformateur. Cest le contrat dune nouvelle France qui vit avec son temps. Cest un contrat de confiance, celui du respect des engagements pris devant les Français. Cest un contrat despoir pour tous les Français, Lespoir de la France entreprenante, lespoir de ceux qui portent le nouveau rêve français, qui aspirent à plus de liberté et plus de responsabilité pour se réaliser eux-mêmes, Lespoir populaire des Français modestes qui travaillent durs, de ces parents courageux qui veulent élever leurs enfants et leur offrir une vie meilleure, Lespoir aussi de celles et ceux qui se sentent abandonnés par la France et à qui nous devons donner une chance, une chance de trouver la place qui doit être la leur en France. Ce contrat cest aussi le contrat davenir dune jeunesse impatiente, une jeunesse que lon ne flatte pas mais qui attend quon lui tienne un langage responsable pour faire appel au meilleur delle-même. Oui, à lheure du nouveau monde, à lheure de la nouvelle Europe, à lheure des nouvelles régions, cette jeunesse attend aussi une nouvelle France, une France de la diversité, une France plus vivante que jamais, une France plurielle aux couleurs de la vie, une France qui donne à chacun sa chance. La France que jaime, la France que vous aimez, la France que nous allons faire aimer ensemble. Discours d' Alain Madelin Grand Rex,22 janvier 2002
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