A La Réunion, M. Madelin se démarque de MM. Chirac et Jospin sur la "bidép"

La Réunion, le 19 février 2001

Alain Madelin, en piste pour la présidentielle de 2002, a fait campagne de vendredi à lundi à La Réunion sur l'opposition à la "bidép" (bi-départementalisation), se démarquant à la fois de Jacques Chirac et de Lionel Jospin.

Cette réforme divise la droite et la gauche sur l'île. Lors de sa visite à La Réunion fin janvier, M. Jospin a déclaré qu'une loi serait votée avant la fin de l'année.

"Au moment où la Réunion a besoin de multiplier ses entreprises, on lui propose de multiplier ses départements", a martelé le président de Démocratie libérale devant ses différents interlocuteurs. "Au moment où la France entière a besoin de repenser complètement son organisation institutionnelle" qu'il juge beaucoup trop centralisée, cette modification serait "une formidable marche en arrière", a-t-il dit.

Il a, au passage, égratigné M. Jospin jugeant que l'île a "trop fait les frais des petites tournées, des démagogies parisiennes, un petit tour et puis s'en va".

Sa prise de position résolument "anti-bidép" lui permet de cultiver sa différence à droite dans l'optique des échéances de 2002. Il a d'ailleurs rencontré les principaux chiraquiens "anti-bidép", comme le patron local de l'UDF Jean-Paul Virapoullé, qui l'a chaleureusement remercié de son soutien contre la réforme, et l'ancienne ministre RPR Margie Sudre.

Plaidoyer pour la démocratie à Anjouan

Jugeant que l'opposition à la "bidép" est majoritaire, ceux-ci affirment que le chef de l'Etat a été mal conseillé lorsqu'il s'est dit pour la réforme et qu'il devrait, en mai, prôner une consultation de la population.

A trois semaines du scrutin des municipales et cantonales, M. Madelin a également apporté, lors d'une réunion publique, devant 500 personnes environ, son soutien aux candidats DL et aux candidats d'union de droite comme le RPR René-Paul Victoria, candidat RPR-UDF-DL à Saint-Denis.

L'organisation administrative de la France, et la nécessité d'une "très forte décentralisation", ont aussi été les thèmes de son intervention à Mayotte, samedi. Se félicitant du choix des Mahorais d'un statut de "collectivité départementale" qui "prouve leur attachement à la France", il a cependant attiré leur attention sur l'inévitable évolution de l'organisation territoriale et plaidé pour "la liberté d'organisation des collectivités locales".

Et, à La Réunion comme à Mayotte, il a répété le leitmotiv de sa campagne présidentielle: une France aux couleurs de la vie, souhaitant que "le débat de 2002 ne soit pas uniquement métropolitain mais qu'il prenne en compte la diversité de la France que représente l'outre-mer".

M. Madelin s'est également rendu dimanche à Anjouan, l'île sécessionniste des Comores. Cette visite, exceptionnelle pour un responsable politique français, avait un caractère humanitaire car l'île est en proie à de graves difficultés sanitaires à la suite d'un embargo décrété par l'Organisation de l'unité africaine. M. Madelin est d'ailleurs venu avec 150 kg de médicaments.

Son déplacement intervenant au lendemain de la signature du projet d'accord de réconciliation entre les trois îles de l'archipel (Grande Comore, Anjouan et Mohéli), il a pris un tour plus politique. Et dans cette île où il n'y a plus de représentation démocratique à la suite de la dissolution de l'Assemblée en 2000, il a affirmé qu'"il ne peut y avoir de prospérité et de paix durable sans démocratie". Il a aussi profité d'une visite à la prison de Koki pour apporter son soutien à trois anciens députés, partisans d'un rattachement à la France, qui y sont enfermés depuis le 5 février.

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