Par Marie-Ange Michelet |
|
Fidèle à ses origines populaires Il est pour l'égalité des chances. Il croit au mérite, à la récompense de l'effort. Il dit que le travail est le seul capital des plus pauvres. Il fait confiance à l'homme, à son initiative, à sa liberté. Il veut réunir générosité, prospérité et solidarité. Avec la volonté de ne laisser personne au bord du chemin. Et de donner à chacun sa chance, toute sa chance. L'ascenseur social pour tous. |
Ces leçons de vie,
Alain Madelin les a apprises dans la chaleur familiale du "pièce-cuisine"
de Belleville auprès d'un père, OS chez Renault, et d'une
mère, dactylo dans une entreprise de transports. Un milieu modeste,
des gens simples et heureux qui lisaient Maupassant, et qui partaient
en vacances en Normandie, planter leur tente dans un coin de jardin d'une
pension de famille d'Houlgate. La tente datait du Front Popu et des premiers
congés payés de Gaétan et Aline, les parents d'Alain
Madelin. - La vie m'apparaissait
comme un long fleuve tranquille, dit-il. Mon père avait
quitté l'usine pour un emploi de bureau et la nuit, il travaillait
comme comptable aux Halles de Paris. Il travaillait beaucoup. |
La politique n'était pas présente chez les Madelin. Certes, les amis de la famille vendaient l'Huma à la sortie des métros mais Gaétan, le père n'en était pas. Pas de lutte des classes au p'tit déj' ou de préparation du Grand soir, au souper. Il faisait partager à son fils sa vision modérée de la société. Alain Madelin est d'ailleurs resté fidèle à ses origines, aux quartiers pauvres où il a grandi. Et il est vrai que pour un certain establishment -sur lequel il a toujours porté un regard ironique-- il est toujours le vilain petit canard. |
![]() |
| Regard malicieux, lippe gourmande, mèche rebelle, le petit canard à la gueule de gavroche fait ses classes près des fortif's, à la ceinture de Paris, dans le quartier populaire de Belleville-Menilmontant. Madelin est éclaireur de France. Avec sa patrouille, qu'il finira par diriger, il découvre les camps scouts, la vie de plein air où il faut jouer d'ingéniosité. L'amitié, la solidarité, les valeurs, les grandes causes. La vertu de l'engagement. |
Arrive 1962. L'année charnière. Madelin est en classe technique au lycée Voltaire où il apprend l'ajustage, le tournage, le fraisage avec pour perspective la préparation des Arts et Métiers. Uniforme et chapeau rond des troupes de Baden-Powell sont, depuis plusieurs mois, définitivement rangés dans un carton à souvenirs. L'époque est à l'Algérie. Les Français se déchirent dans des débats passionnels qui se terminent souvent en bagarres de rues. Le lycée Voltaire, bastion communiste, souffre du même climat. Madelin s'oppose. Il participe aux distributions de tracts, se heurte aux groupes du PC. - Pour certains, explique Alain Madelin, la vie politique fait partie d'un plan de carrière, amorcé par des études bien tranquilles à Sciences-Po ou à l'ENA. Tel n'a pas été mon cas. Je m'y suis jeté avec passion dès mon adolescence. Au temps où l'Histoire brûlait une partie de la jeunesse. |
![]() |
|
Le
19 mars 1962, la signature des accords d'Evian marque la fin de l'Algérie
française. Le 26 mars -jour anniversaire des 16 ans d'Alain Madelin
- la fusillade de la rue d'Isly, à Alger, provoque 80 morts et
200 blessés dans la foule des manifestants Pieds-Noirs mitraillés
par l'armée. - Inacceptables. L'image insupportable du martyre de ceux qui avaient porté l'uniforme français : les Harkis. Aujourd'hui, dans les mêmes circonstances, précise Madelin, les responsables de cet abandon seraient traduits devant un tribunal international.
Le drapeau français taché, l'armée salie… Le jeune lycéen n'accepte pas.
Il rejoint un groupe d'étudiants nationalistes et s'engage. - Passionnément. Sans réserves, reconnaît-il Après l'Algérie et la cause harkie, vient celle du Vietnam du sud. Le quartier latin est coupé en deux. Les groupuscules s'affrontent avec violence. Alain Madelin qui a abandonné l'idée de devenir ingénieur des Arts et Métiers est étudiant en droit à Assas où il pratique également la boxe universitaire. Face aux organisations communistes et gauchistes qui tiennent la rue et soutiennent les forces du Vietnam du nord, une poignée de jeunes gens se regroupent au sein d'un mouvement baptisé "Occident".
- Le communisme était pour moi le totalitarisme de ma génération, explique
Madelin. Les goulags, les grandes répressions, les procès staliniens
et tout un système fondé sur le mensonge, voilà ce que je voulais combattre.
Cela ne m'a jamais empêché de côtoyer des militants communistes, modestes
ouvriers amis de ma famille, vendeurs de l'Humanité-dimanche et d'estimer
leur sincérité. Mais cela m'a conduit aussi à un anticommunisme militant,
extrême et passionné, qui a accompagné une bonne partie de ma vie d'étudiant.
Et comme à ce moment-là, la France de l'anticommunisme était marginalisée,
nous avons été systématiquement confinés à l'extrême--droite. En face,
ils étaient pour Mao et Pol Pot, pour les Gardes rouges et pour les Khmers
rouges. Je ne regrette pas de ne pas avoir choisi ce camp-là. |
![]() |
|
"Redonner à l'homme toute sa liberté et toute sa responsabilité, lui offrir toutes les chances de s'épanouir, de se réaliser"... c'est, depuis trente ans, le sens du combat mené par Alain Madelin -
Aux origines de la pensée dont je me réclame, dit-il,
il y a cette apostrophe d'un marchand malouin François Legendre
à qui Colbert demandait un jour ce qu'il devait faire pour favoriser
le retour de la prospérité en France. La réponse
est restée célèbre : "Laissez-nous faire."
C'était là une formule déjà révolutionnaire
car elle signifiait : "Laissez-nous agir, supprimez toutes les
entraves qui sont devant nous !" Ce n'était pas l'expression
d'un laisser-aller, mais une revendication forte : "Laissez-nous
prendre nos responsabilités." Aujourd'hui, cette exigence
de responsabilité revient avec force. Jamais nos compatriotes n'ont
éprouvé aussi consciemment le désir d'exercer leurs
capacités d'initiative et de choix. Beaucoup d'entre eux, les jeunes
en particulier, ont renoué avec l'esprit de conquête. Ils
veulent prendre toute leur place dans notre société. Ils
ne sont plus disposés à accepter les contraintes administratives,
les restrictions réglementaires, les exigences bureaucratiques
que leurs aînés, hier, acceptaient sans rechigner. Ils souhaitent
davantage d'autonomie. Laissons-les prendre toute leur place. Madelin, "l'agitateur d'idées", comme on le définira plus tard, fait ses classes politiques tout en poursuivant ses études d'avocat. En 1971, il prête serment au barreau de Paris mais sa passion politique est tenace. Et lorsqu'en 1973, année de son mariage, Giscard d'Estaing lui demande de représenter les couleurs des Républicains Indépendants dans un fief communiste de la banlieue de Paris, le jeune avocat quitte définitivement les salles des tribunaux pour les tribunes des meetings. Madelin se présente aux législatives contre Guy Ducolonné, vice-président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, et député sortant de Malakoff, bastion rouge des Hauts de seine. Le combat est sans espoir. Le jeune candidat giscardien obtient néanmoins 45 % des voix. Une défaite plus qu'honorable qui lui vaut d'être intégré à l'état-major de VGE aux élections de 1974, la première campagne présidentielle d'Alain Madelin La victoire de Giscard permet à Madelin d'étendre ses activités au sein du Parti Républicain. Conférences, débats, rédactions de brochures, d'articles, préparation de dossiers, organisation de stages de formation. Alain Madelin est présent sur tous les fronts de la pensée républicaine. Présent aussi dans son terroir de Bretagne où, en 1978, il devient député de Redon en Ille-et-Vilaine avec 66 % des voix au second tour. Il a trente-deux ans. Son arrivée sans cravate dans l'hémicycle le fait rappeler à l'ordre par le président du jour qui n'est autre que le communiste Ducolonné, une de ses vieilles connaissances. |
![]() |
Le ton est donné. Le jeune député aux allures d'étudiant désinvolte est un politique aux idées neuves qui va faire bouger la vieille maison. Il dit ce qu'il pense. Il fait ce qu'il dit. Il applique ce qu'il définit comme "le devoir d'intelligence" qui le porte à "pousser au maximum la logique de ses idées quitte à choquer ou à en subir les conséquences si l'opinion n'est pas prête". En 1979, co-auteur d'une proposition de loi sur les radios libres, il proteste contre l'inculpation de François Mitterrand dans l'affaire de la radio socialiste "radio Riposte". Logique, dit-il. Mains dans les poches, dossier sous le bras, écharpe jetée sur l'épaule, la silhouette nonchalante d'Alain Madelin devient familière aux huissiers de la salle des quatre colonnes. Le député breton ne rate pas un débat. Ce dévoreur de livres sait aussi disséquer les textes. Les socialistes l'apprendront à leurs dépens lorsque la vague rose va submerger l'Assemblée. |
En 1979, avec Léotard, Longuet, d'Aubert, Pierre-Bloch Madelin se rend au Cambodge. Le pays, exsangue, vient d'être "libéré" par l'armée vietnamienne de la sanglante dictature Khmer Rouge. A Phnom Penh, Madelin, bouleversé par l'atrocité du génocide, profite d'une rencontre protocolaire avec l'ancien Khmer Rouge Ieng Samrin, placé par les Vietnamiens à la tête du pays, pour le traiter, droit dans les yeux, de "criminel de guerre". - C'est d'ailleurs dans les camps de réfugiés cambodgiens, explique Alain Madelin, que j'ai rencontré les "Médecins sans frontières", et que je me suis lié d'amitié avec beaucoup d'entre eux, même si nous avions eu souvent des parcours politiques d'étudiants très différents. Parmi eux,
Claude Malhuret, alors Président de "Médecins sans
frontières" en compagnie duquel Alain Madelin va réaliser
de nombreuses missions humanitaires. |
![]() |
| A
Redon, les habitants suivent avec intérêt -et une petite fierté-
les missions humanitaires de leur jeune député... Ils le font
avec d'autant plus de plaisir que Madelin ne les oublie pas. - Il est bien d'ici, disent ses électeurs redonnais. - Il a des idées sur tout, pour tout, tout le temps et partout... Il va jusqu'au bout ! |
Dans sa circonscription
de Bretagne, Madelin multiplie les projets. Il se veut proche des gens,
défendant avec ardeur la cause des plus modestes, "toujours
prêt" -comme il dit- à mettre ses relations au service
de ceux qui n'en ont pas. Et dans cette région, victime d'un taux
record de chômage, il va gagner la bataille pour l'emploi. Il favorise
l'implantation d'entreprises, il développe des opérations
innovantes. Redon passera d'un taux record de chômage à un
taux record de créations d'emplois. En 1981, en plein raz-de-marée socialiste, il est réélu dès le premier tour. Il le sera en 1986, 1988, 1993 et 1995, année où il est également élu maire de Redon. Dès lors, il installe une nouvelle équipe municipale qu'il anime et à laquelle il délègue largement les responsabilités. Mais conscient de "l'exigence grandissante de présence" dans les différentes manifestations de la vie locale, il passera le relais aux élections de mars 2001. |
Mais 1981 est une victoire un peu amère pour Alain Madelin. Le départ de Giscard, battu aux présidentielles, l'a affecté. Les sifflets et quolibets qui ont éclaboussé l'ancien Président à sa sortie de l'Elysée l'ont indigné. Lors d'une ultime cérémonie à l'Arc de Triomphe, le jeune député républicain est un des rares fidèles à venir serrer la main du président vaincu : "Giscard représentait un réel espoir de changement et je lui conserve beaucoup d'estime et d'amitié". Paradoxalement, pourtant, l'arrivée au pouvoir des socialos-communistes va lui permettre de donner toute l'étendue de son registre. Ses interventions vigoureuses mettent les socialistes en furie. Les députés barbus qui jalonnent les bancs de la gauche l'injurient. Madelin fait face. Dans la guerre scolaire, la liberté de choisir son école, il dépose plus de cinq cents amendements, il s'oppose au projet socialiste portant atteinte à la liberté de la Presse, débat dans lequel, après avoir mis en cause certaines accointances vichystes -aujourd'hui bien connues- de François Mitterrand, il est censuré, avec les députés Jacques Toubon et François d'Aubert, par les parlementaires socialistes et communistes. Hussard de l'opposition, cadet de la droite, croisé libéral les titres des journaux brillent comme des galons sur les épaules du jeune député. - Madelin est le plus intelligent de sa génération, commente Jacques Attali, à l'époque conseiller de François Mitterrand. Il occupe parfaitement le créneau d'une droite qui serait enfin à droite alors que depuis De Gaulle, elle souffre d'être nulle part. A droite Madelin ?
Certes mais une droite libérée de son carcan de certitudes. |
![]() |
|
Au changement de majorité, avec la victoire de la droite -dont il est l'un des artisans de l'union- aux législatives de 1986, Alain Madelin qui avait été chargé de préparer une plate-forme de gouvernement, obtient un des ministères importants du gouvernement Chirac : l'Industrie, les PTT et le Tourisme. Fidèle à ses idées, il réforme de fond en comble "ce ministère hérité du dirigisme et du Plan". Partisan de la baisse des dépenses publiques, il décide de réduire de 10 milliards de francs le budget de son ministère. Les mesures passent et produisent des résultats. L'Industrie sortira dopée de ces deux années Madelin, au cours desquelles le jeune ministre n'hésitera pas à prendre des "décisions difficiles et courageuses", singularisant "la méthode Madelin". |
- Prenons le cas des chantiers navals, raconte Alain Madelin. En 1986, l'entreprise était en quasi-faillite, largement subventionnée par l'Etat, à hauteur de 300 000 francs par an et par salarié. Deux solutions se présentaient : reporter le problème à plus tard, ce qui était vivement conseillé, ou fermer les chantiers navals avec tous les risques politiques et sociaux que cela comportait. J'ai choisi la seconde solution, mais en utilisant la technique du "donnant donnant". Je suis allé voir Jacques Chirac et je lui ai dit : "Monsieur le Premier Ministre, si l'on ne fait rien, nous serons obligés de continuer à subventionner, ce qui aura un coût budgétaire important dans les deux ans qui viennent. Donnez-moi une partie de cet argent et nous réglerons le problème." Ce que nous avons fait en donnant au personnel une prime de départ importante, constituant en quelque sorte un capital pour un nouveau départ dans la vie. En donnant aussi aux communes frappées par la fermeture des chantiers navals le bénéfice de zones d'entreprises, négocié avec Bruxelles, permettant d'attirer de nouvelles entreprises au moyen d'une exonération totale de l'impôt sur les sociétés pendant dix ans. Une telle reconversion ne s'est pas faite sans heurts, mais, au bout du compte, il y a eu davantage d'emplois créés que d'emplois supprimés. Avec la réélection de Mitterrand en 1988, qui met un terme à la cohabitation, Madelin perd son ministère. Libéré de sa charge, il reprend ses voyages à l'Est où le Mur commence à se lézarder. |
![]() |
- La chute du Mur de Berlin, au-delà de la chute de l'Empire soviétique, a été pour moi ce qui restera sûrement comme la plus grande satisfaction politique de mon existence. De toutes mes forces, j'espérais voir un jour s'effondrer le totalitarisme communiste et, pour être franc, je n'étais pas sûr de voir cela de mon vivant. C'est dire si j'ai accueilli les premiers signes de craquement à l'Est avec une attention fébrile. J'ai très tôt multiplié les contacts dans ces pays, et les hasards de l'histoire ont fait que j'ai alors noué des liens d'amitié avec beaucoup de ceux qui allaient assurer la relève démocratique et la transition économique au sortir du communisme. J'étais à Budapest le jour de la proclamation de l'indépendance hongroise, trente-quatre ans jour pour jour après l'insurrection du 23 octobre 1956. J'étais à Bucarest au lendemain de la chute de Ceausescu, avec les étudiants roumains qui avaient provoqué la révolution. J'étais à Vilnius, entré clandestinement en Lituanie, dans le bureau du président Lansbergis, qui négociait alors avec Gorbatchev, dans un Parlement encerclé par les chars soviétiques, défendu par des barricades gardées avec ferveur par tout un peuple. -J'ai éprouvé beaucoup d'amertume de voir la France impuissante, incapable de comprendre, de saisir la dimension historique de ce qui était en train de se passer. C'était l'époque où François Mitterrand, son ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, ou encore Jacques Delors nous expliquaient doctement que la chute du mur de Berlin n'entraînait en rien la réunification allemande ! Je crois qu'à ce moment-là, la France a manqué le rendez-vous que l'Histoire lui donnait. J'ai pensé dès lors que nous devions revoir notre scénario de la construction européenne. Et que, comme l'Allemagne avait fait la réunification allemande, la tâche de ma génération serait de mener à bien la réunification de l'Europe. En 1989, Alain Madelin développe l'Institut Euro 92, un "think tank" à la française, lié en réseau à une centaine d'instituts dans le monde. Une machine à réfléchir et à produire des idées. En parallèle, Madelin dirige aussi la campagne de la liste d'union de l'opposition conduite par Valéry Giscard d'Estaing aux élections européennes. Peu après, pour raccommoder l'opposition, rénover ses idées et ses propositions, et préparer les élections législatives, il imagine "les états généraux de l'opposition" qu'il conduira pour l'UDF avec Nicolas Sarkozy pour le RPR. |
![]() |
| A
l'automne 1992, Madelin s'oppose publiquement à certains de ses amis
sur la politique monétaire de la France. Et contrairement à
toutes les prévisions de l'époque, il affirme avec justesse
qu'elle va conduire à la récession. Lorsque Edouard Balladur
formera son gouvernement, il reprochera à Alain Madelin ce langage
de vérité. En conséquence, il ne le nommera pas ministre
des Finances mais ministre des Entreprises et du Développement économique.
Un poste où Alain Madelin va produire un certain nombre de réformes
qui vont le rendre très populaire chez les petits entrepreneurs et
les artisans. Mais Madelin ne se reconnaît pas dans la politique monétaire de Balladur qui continue à jouer le franc fort. D'ailleurs, la récession qu'il a pronostiquée arrive et en août 1993, le franc décroche du mark. Les déficits se creusent, l'endettement public explose. |
Ce combat pour une autre politique économique amène Madelin à rencontrer Chirac. Celui-ci est attentif aux propos du bouillant ministre. L'homme l'intéresse. Les deux hommes se retrouvent en Corrèze. Autour des plats traditionnels d'une bonne cuisine française qu'ils affectionnent et dévorent à grands coups de fourchettes, ils échangent des idées fortes, se découvrent des valeurs communes. De retour à Paris, Madelin a fait son choix. Très tôt, il pressent que "les présidentielles ne se joueront pas au centre mais au peuple..." Et, à contre courant de l'opinion et de ses amis politiques, il croit aux chances de Chirac dont il va conduire la campagne. Le 20 janvier 1995, il publie dans le Figaro "Pourquoi je soutiens Chirac" . Madelin met sa personnalité, ses mots clés, ses petites phrases, - dont le fameux "l'ascenseur social est en panne" - ses discours au service du candidat à l'élection présidentielle qui lui devra une grande partie de sa victoire. Dans le même temps, il crée Idées-Actions, sa propre structure, et rassemble plus d'un millier de participants, salle Wagram, le 9 mars 1995, au dîner fondateur du mouvement. Il publie "Mes chers compatriotes", dans lequel il présente son programme politique. Le 18 mai 1995, Alain Madelin est nommé Ministre des Finances du gouvernement qu'Alain Juppé, premier Ministre du nouveau président Jacques Chirac, vient de constituer. Les marchés financiers saluent l'arrivée d'Alain Madelin à Bercy. Le nouveau ministre des Finances est précédé d'une flatteuse réputation sur le marché international. C'est un des rares hommes politiques français à être distingué par le Wall Street Journal, le service économique de la BBC lui a consacré des reportages élogieux, le célèbre magazine Fortune l'a classé comme l'une des personnalités européennes les plus performantes. |
Très
rapidement, pourtant, les relations se gâtent entre les deux Alain.
Le
26 août, Madelin quitte Bercy pour une courte traversée du
désert. Deux mois plus tard, il est réélu député
de Redon avec plus de 61 % des voix. Et dans ses bureaux d'Idées-Actions,
boulevard de La Tour Maubourg, des sacs de courrier lui livrent chaque
semaine des milliers de témoignages de soutien "de la France
qui travaille dur, de la France des fins de mois difficiles, de la France
fatiguée d'avoir toujours à remplir le panier percé
des dépenses publiques" Le
microcosme parisien bruisse de rumeurs flatteuses qui le présentent
comme le successeur potentiel de Juppé. "Madelin, futur Premier
ministre". Il laisse dire, pendant que ses réseaux d'Idées-Actions
s'activent : quatre mille adhérents, cent quatorze antennes en
province, cinquante-quatre en Ile-de-France. Et aussi près de deux
cents parlementaires dont le noyau dur du groupe "Audace pour l'emploi"
animé par son ami de toujours, Hervé Novelli, député
d'Indre et Loire. En novembre 1995, un nouveau livre "Quand les
autruches relèveront la tête" vient jalonner la
pensée madeliniste qui dénonce cette fois "l'aristocratie
administrative à la tête enfouie dans les sables de ses certitudes
et de ses habitudes..." Dans son livre, Madelin multiplie les
paraboles, les proverbes, les histoires pour dénoncer "le
blocage du système français par l'Etat maximum".
Il évoque "le syndrome du réverbère"
qui conte l'histoire de l'homme ivre qui a perdu sa clé et part
la chercher sous un réverbère parce qu'il y a
de la
lumière ! |
Quant aux présidentielles
Marie-Ange Michet |