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Stéphane Paoli : Danone est-il un bouc-émissaire et le boycott un appel au suicide ? Franck Riboud, PDG du groupe, dans un entretien au Figaro ce matin, affirme que la réussite de Renault aujourd'hui passe par la fermeture de Villevorde hier. Faut-il comprendre que la mondialisation appelle des restructurations permanentes et dans ce cas qu'en est-il de la responsabilité sociale des chefs d'entreprise ? Invité de "Question directe", Alain Madelin, président de Démocratie libérale, candidat déclaré à la présidentielle. Bonjour. Alain Madelin : Bonjour Stéphane Paoli. SP : Est-ce que c'est une réponse qu'il vous apporte là ce matin, Franck Riboud ? Car c'est vous et d'ailleurs l'opposition vous a suivi sur ce point, c'est vous qui avez le premier évoqué de la responsabilité sociale des chefs d'entreprise. AM : Mais, c'est une évidence. D'abord, premièrement, dans l'affaire Danone, nous avons une restructuration. Ces restructurations industrielles sont inévitables dans le monde tel qu'il bouge. Et je rappelle que le monde tel qu'il bouge aujourd'hui nous amène la bonne nouvelle d'une société de plein emploi. Et ce n'est pas la même chose de faire des restructurations dans un climat où les entreprises ferment les unes à la suite des autres et où le chômage s'aggrave, et dans une société de plein emploi. Il est indispensable de restructurer une entreprise quand elle va bien. Je dis ça parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont surpris : "Mais elle fait des bénéfices". Eh bien oui, c'est à ce moment-là qu'il faut restructurer une entreprise. Ce n'est pas au dernier moment, lorsqu'elle est en perte. Parce qu'à ce moment-là les restructurations sont beaucoup plus difficiles. Comme je pourrais dire d'ailleurs que, dans un pays comme la France, c'est au moment où nous avons la croissance que nous devons faire des réformes. Alors derrière tout ça, bien évidemment, il y a une responsabilité d'une entreprise. Et plus vous êtes une belle marque, vous êtes Coca-Cola, vous êtes Perrier, vous êtes Lu, vous êtes Danone, plus vous avez une responsabilité vis-à-vis des millions de gens qui, dans le monde, vous font confiance. Une responsabilité vis-à-vis de l'environnement, vous ne devez pas être un pollueur. Une responsabilité locale, dans les villes où vous avez des usines. Et bien évidemment une responsabilité sociale vis-à-vis de vos salariés dévoués. Vous ne devez pas donner le sentiment que ce sont des kleenex que l'on jette quand on les a utilisés. SP : Mais est-ce qu'un chef d'entreprise quand il restructure, peut faire ce que vous recommandez, c'est-à-dire zéro licenciement ? est-ce qu'on peut restructurer sans casse ? AM : Aujourd'hui dans le climat de plein emploi, on peut quasiment restructurer avec zéro licenciement. C'est-à-dire que vous reclassez les gens dans l'entreprise, puis à l'extérieur de l'entreprise vous recherchez tous les emplois qui sont possibles autour de vous. Vous ajoutez des systèmes de préretraite, un petit capital de départ pour un nouveau départ dans la vie pour ceux qui ont des projets personnels. Et vous réussissez à faire du zéro licenciement. Mais ce qui est extraordinaire dans l'affaire Danone, c'est pour ça qu'ils sont tombés dans un guet-apens médiatique et politique d'une partie de la gauche qui avait besoin de se refaire une santé au lendemain de son échec aux élections municipales. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que je suis en train de vous dire : voilà la responsabilité sociale d'une entreprise. Le zéro licenciement sec, c'est ce que Danone doit faire. Ce qui est extraordinaire c'est que c'est ce que Danone a déjà fait, et c'est ce que Danone fait, et c'est ce que Danone fera. Et ça, on ne le dit pas. Danone a déjà eu cinq restructurations derrière. Dans chacune de ces restructurations, 95% ont été reclassés. Et là, dans cette restructuration du groupe lu, Danone a pris l'engagement de proposer trois emplois à chaque salarié licencié. Danone a pris l'engagement de réindustrialiser les sites où ils sont obligés de faire des fermetures d'entreprise. On aidera à la création de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois. Alors vous voyez derrière tout ça, il y a beaucoup de cinéma et beaucoup de duplicité. SP : Et de la politique, est-ce qu'il y a un enjeu politique ? Parce que là il y a un débat qui vient de s'ouvrir, y compris d'ailleurs à gauche en disant : "est-ce qu'il ne faut pas alourdir le coût des licenciements" ? AM : Cinéma et duplicité. Que l'on arrête de dire cela. Renchérir le coût des licenciements. Vous savez quel le coût de la restructuration de Danone, si j'en crois la presse ? 1 milliard 600 millions. 800, je crois, restructurations. 2 millions de francs. Allons donc. On ne pourra pas renchérir. Danone fait déjà tout ce qu'il peut faire sur le plan financier pour favoriser ces reclassements. Alors la proposition des socialistes est une proposition totalement démagogique. Et si l'on veut... Vous savez derrière tout ça, ce n'est pas innocent. Parce que c'est le rideau de fumée derrière lequel on cherche à cacher d'autres problèmes. Moi j'aimerais bien, en tant que citoyen, non pas boycotter Danone, mais boycotter la SNCF. Parce qu'il y en a marre de toutes ces grèves qui nous font marcher. La SNCF c'est un service public essentiel. Et là M. Jospin a du pouvoir. Chez Danone il n'en a pas. Là il a du pouvoir. Malheureusement je ne peux pas boycotter la SNCF, comme vous le savez, parce qu'elle a un monopole. Alors la seule chose que je suis en droit d'exiger de M. Jospin c'est qu'il trouve un dispositif qui assure la continuité des services publics essentiels comme on l'a mis en uvre dans tous les autres pays européens autour de nous. SP : un service minimum ? AM : Continuité.... SP : Il n'y a pas 10 mille solutions. AM : Continuité des services publics essentiels. Non j'aurais tendance à dire un service maximum. SP : Service maximum, ça veut dire pas de grève. AM : Non, c'est plus compliqué que cela, Stéphane Paoli. Quand je dis service maximum, c'est de faire en sorte pour un chef d'entreprise comme on le fait d'ailleurs à la radio, comme on le fait à la télévision, de faire en sorte qu'il assure le meilleur service avec tous les moyens disponibles. SP : Alors on a entendu, y compris d'ailleurs sur cette antenne hier soir, un débat très intéressant de spécialistes dire : service minimum, ça n'a pas de sens. Parce que ou il est minimum et c'est à peu près ce qu'on a aujourd'hui. AM : Ecoutez, qu'on arrête ce cinéma. Ca n'a pas de sens. Dans tous les pays autour de nous, on le fait. Dans tous les pays autour de nous, on le fait. On a trouvé les moyens d'assurer la continuité des services publics essentiels. 85% des Français sont pour. Pourquoi la classe politique refuse-t-elle de mettre en uvre ce qui a l'assentiment de la majorité des Français ? et si on n'a pas le courage de le faire, eh bien qu'on n'hésite pas un jour à poser directement la question par référendum. Et ensuite sur la base de ce référendum on négociera entreprise par entreprise les modalités d'un service minimum qui bien évidemment sont différentes à la télévision, au service public de la RATP ou à la SNCF. SP : est-ce que le débat, il n'est pas mineur, il est intéressant ce débat sur la responsabilité sociale.. Vous dites "zéro licenciement". C'est comme vous savez, dans les conflits maintenant... AM : Zéro licenciement sec. SP : On dit dans les conflits, maintenant, dans les conflits militaires, on fait des guerres à zéro mort. Est-ce qu'il n'y a pas un aspect cosmétique là-dedans ? Une restructuration, c'est toujours très compliqué et c'est toujours, finalement, qu'on le veuille ou non, ça finit par être douloureux, y compris pour ceux qui travaillent dans l'entreprise. On les recase ailleurs. AM : Bien évidemment. SP : et il y a de la perte. AM : Vous savez le reclassement ce n'est pas facile non plus. Parce que parfois vous êtes obligé de quitter vote région parce que l'emploi qu'on vous propose, le meilleur emploi vous le trouvez seulement ailleurs. Bien évidemment. Mais ce que je dis cela fait partie de la responsabilité sociale. Quand vous avez la chance d'être un grand groupe. Vous avez une formidable image de marque, vous ne devez pas gâcher votre image de marque. Vous vous souvenez peut-être de l'affaire de Perrier. Il y avait une goutte de benzène dans une bouteille. Est-ce qu'on a fait ? on a retiré l'ensemble de la production mondiale pour prendre un nouveau départ. Cela fait partie de la responsabilité des grandes marques dans lesquelles des millions de gens ont confiance. Et là je suis un peu triste d'ailleurs de voir que l'image de Danone est un peu tachée par cette affaire alors qu'en réalité si on regardait franchement le dossier, trois offres d'emploi par salarié licencié, 95% de reclassement dans les précédents plans de restructuration. J'aurais plutôt tendance à dire bravo. Voilà des entreprises qui ont justement le sens du social. Malheureusement, ils sont tombés au lendemain des élections. Ce n'était pas le meilleur moment pour annoncer cela puisqu'il y a une surenchère démagogique de la gauche et de l'extrême gauche. SP : et donc vous trouvez que M. Riboud a raison de dire que le boycott c'est un cadeau royal fait à la concurrence étrangère ? AM : Oui, il est évident que.. Vous boycottez Danone, vous ? Pour quel produit ? Pour Nestlé ? Pour Nabisco ? Pour Kellog's ? vous boycottez, vous n'allez pas arrêter, vous allez consommer un autre produit. Cela étant, je suis un tout petit peu plus nuancé sur l'histoire du boycott. Moi je trouve bien qu'il puisse exister des contre-pouvoirs dans la société, d'une façon générale, par rapport à n'importe quel pouvoir, politique, économique, citoyen. J'aime qu'il puisse y avoir des contre-pouvoirs. Je trouve cela complètement débile ces menaces de boycott, mais néanmoins c'est quand même bien qu'il y ait quand même des citoyens qui soient capables de s'organiser pour rappeler les gens, éventuellement, à leur responsabilité. En l'occurrence cela tombe mal, parce que je crois que Danone a toujours eu ce sens de la responsabilité sociale. SP : alors question à un homme qui est maintenant en lice pour la présidentielle. Votre commentaire sur les récentes déclarations de Valéry Giscard d'Estaing à propos de Jacques Chirac. Un homme qui devrait, selon lui, répondre aux questions du juge. AM : Ecoutez je ne vais pas commenter les déclarations de M. Giscard d'Estaing sur M. Chirac ou sur M. Halphen. J'ai déjà eu l'occasion de m'expliquer sur ce point. Vous savez, le président de la République quel qu'il soit ne peut pas être tout à fait soumis aux procédures ordinaires des citoyens ordinaires, car il est nécessaire de protéger la fonction. SP : Mais vous, vous répondriez si vous étiez convoqué ? Ou pas ? AM : vous savez, c'est compliqué. On a une minute ? SP : on va la prendre. AM : Que se passe-t-il dans cette affaire ? Tout le monde dit : M. Chirac serait impliqué dans les affaires de la ville de Paris. Le président de la République quel qu'il soit peut toujours être convoqué comme témoin. Mais en l'occurrence, il n'est pas témoin d'un accident de la route. Si l'on dit que le président de la République et si on s'intéresse à cette convocation, c'est parce que l'on dit qu'il pourrait être impliqué ultérieurement. Or en droit français, aujourd'hui, vous ne pouvez pas être convoqué comme témoin dans une affaire dans laquelle il y aurait des charges suffisamment sérieuses qui un jour pourraient vous mettre en examen. Donc ou M. Halphen a dans son dossier des charges sérieuses contre M. Chirac et il ne peut pas le convoquer comme témoin. Ou il n'en a pas. Et dans ce cas-là il peut le convoquer comme témoin. Mais s'il n'a pas de charges contre M. Chirac et qu'il le convoque comme témoin, reconnaissez qu'il y a quand même beaucoup d'agitations médiatiques autour de cette affaire. Voilà pourquoi c'est une affaire juridique complexe. C'est au président et à lui seul de décider s'il doit s'expliquer et comment.
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